L’entrepreneur, ce designer.

Je lis dans l’ouvrage « Le Design management » : « Le designer est un entrepreneur, garant de la perfection de la forme et initiateur de changement dans la société ».

J’y trouve pour ma part, en en inversant les termes, une définition inspirante de l’entrepreneur : « L’entrepreneur est un designer, garant de la perfection de la fonction** et initiateur de changement dans la société ».

Un grand merci à Aurélie Marchal grâce à qui je découvre ce livre. Un grand merci Aurélie pour votre contribution à la diffusion de ces réflexions et pour votre action concrète de leur mise en oeuvre.

Louis BRUHL.

* « Design Management ». Brigitte Borja de Mozota. Editions d’Organisation (2002). Page 38.

** « La fonction dictant la forme » (au sens des fonctionnalistes du Bauhaus dont est issu le design.).

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L’écologie de votre écosystème d’entreprise.

 «  La vie est quelque chose qui se passe entre 8000 mètres d’altitude et 8000 mètres de profondeur.» Paul Valéry*

De la même façon et, tout aussi simplement, l’on pourrait définir l’entreprise comme ce qui vit au sein de son écosystème. Un écosystème auquel l’entreprise doit sa survie et dont elle nourrit sa croissance.

Dès lors, une approche écologique de cet écosystème de l’entreprise trouve toute son importance et sa justification. 

La non prise en compte  de son écosystème est préjudiciable à  l’entreprise.

Ignoré en tant qu’ensemble, l’écosystème ne peut alors être piloté en cohérence avec la vision et  le projet d’entreprise.

En l’ignorant, l’entreprise se prive, notamment, de la découverte possible de nouveaux produits et services. Des produits et services bénéfiques tant à l’entreprise qu’à ses différentes parties prenantes.

Cette ignorance coupable limite le développement de l’entreprise et peut même en provoquer la disparition.

1. Une méconnaissance préjudiciable à l’entreprise.

La notion d’écosystème n’est pas ou trop peu prise en compte en tant que concept opérationnel du développement de l’entreprise. C’est pourtant un concept essentiel qu’il convient d’identifier et de piloter de manière cohérente, en totale cohérence avec la vision et le projet de l’entreprise.

Méconnaître son écosystème ou en avoir une vision erronée conduit à sous évaluer son importance comme concept essentiel de la croissance.

L’ignorer est se priver du pilotage d’un puissant concept et sous exploiter ses bénéfices potentiels.

Une méconnaissance qui conduit à sous estimer voire à ignorer les bénéfices que l’entreprise peut en retirer. Et cela au détriment de ses propres intérêts et de ceux de ses parties prenantes.

Ignorer et négliger ce concept d’écosystème ne permet pas une juste appréciation des relations que l’entreprise entretient avec son environnement. L’ignorer c’est ignorer les attentes profondes et les besoins essentiels de chacune de ces parties prenantes. C’est, pour l’entreprise, se priver de l’opportunité de les satisfaire au mieux de sa vision et de ses intérêts.

2. La Loi PACTE et la RSE, des ouvertures positives … qui peuvent être trompeuses voire … contre-productives.

La loi Pacte, en promouvant la RSE, oeuvre dans le bon sens. Toutefois, la dimension sociale qu’elle invoque est connotée d’une dimension politique et sociale qui peut repousser certains. Une connotation qui pour certains peut les tenir éloignés de la compréhension et de la prise en compte de cet écosystème. Un sondage  Ifop sur « le regard des Français sur RSE », septembre 2019 en rend compte.

Certes, il est  important de faire comprendre que la prise en compte des parties prenantes est bénéfique pour la Société. L’on doit s’en réjouir et œuvrer dans ce sens. Mais il est essentiel de comprendre que cette prise en compte s’impose prioritairement pour des raisons économiques et entrepreneuriales.

3. Une notion qui peut paraître évidente et, aux yeux de beaucoup, prise en compte de manière implicite et tout naturellement.

Aux yeux de certains, ce concept d’écosystème n’est en rien ignoré. Il serait même au cœur de l’actualité comme élément clé du modèle des plateformes numériques.

Selon eux, il est faux de dire que les entreprises ne prennent pas ou peu en compte leur écosystème. Pour eux, les entreprises prennent en compte leurs parties prenantes. Ils convoquent comme preuve les évidences suivantes. Les Achats traitent avec les fournisseurs. Les RH traitent avec le marché de l’emploi. Le Marketing traite avec le marché. Les Ventes traitent avec les prospects et clients; la Communication traite avec les médias. La Direction financière traite avec les financeurs. Le Département Fiscal traite avec les organismes publics, etc…

Effectivement, chacun des services de l’entreprises prend en compte la ou les parties prenantes dont il a la charge. Ce n’est pas pour autant que chaque partie prenante est prise en compte dans l’ensemble de ses dimensions. de plus, ce n’est pas pour autant que l’écosystème est pris en compte dans son ensemble. Et encore plus, ce n’est pas pour autant qu’il est piloté comme composante stratégique par la Direction Générale de l’entreprise.

4. Confusions et dérives du terme « Écosystème ».

4.1. Une définition souvent confuse et impropre à en faire un concept opérationnel.

Il y a souvent un grand flou et une grande confusion quant à la définition du terme d’ « écosystème ».  Une confusion qui, aux yeux de beaucoup, semble réserver ce concept aux seules plateformes numériques.

Le concept même a été dévié de sa signification par l’utilisation qu’en ont fait les plateformes numériques. Ces entreprises ont préempté ce concept en en faisant l’alpha et l’omega de leur modèle de développement. En le préemptant, elles l’ont vidé de son sens fondamental.

Non l’écosystème n’est pas un « outil » réservé aux plateformes numériques. Il est au cœur même de l’entrepreneuriat et réfère même au terme « Entreprise » qui repose sur l’  « Entre ». L’ « Entre » qui pointe l’interaction de l’entrepreneur avec l’ensemble de ceux qui « prennent » avec lui. « L’Entreprendre » est le propre des « parties prenantes ».

4.2. Une prise en compte incomplète des parties prenantes tant dans leur exhaustivité que dans la réalité de leur définition.

Il serait faux de dire que l’entreprise ne prend pas en compte ses parties prenantes. Mais rares sont les entreprises qui le font dans le cadre d’une vision d’ensemble de leur écosystème. Et rares sont celles qui le font en optimisant les attentes et besoins de chacune de ses  parties prenantes. De plus, faute d’une conception précise de ce qu’est leur écosystème, elles peuvent ignorer certaines de leurs parties prenantes.

Oui, les entreprises « traitent » bien (certaines) de leurs parties prenantes. C’est évident et tout naturel. Chacune des fonctions l’entreprise (RH, Finance, Achats, …) répond précisément à une partie prenante qu’elle a charge de « traiter ». Mais ce traitement est trop souvent abordé du seul point de vue autocentré de l’entreprise et de son intérêt propre. Ce traitement n’est pas ou rarement envisagé d’un « point de vue écologique ». Un traitement non écologique du fait de la non prise en compte des besoins et attentes des parties prenantes.

4.3. Etes-vous certains d’avoir réellement identifié l’ensemble vos parties prenantes ?

Il est frappant que, lors de ce recensement, nombre d’entreprises oublient de citer les actionnaires et même leurs collaborateurs au nombre des parties prenantes !  De plus, une fois  ces parties prenantes identifiées, la priorisation de l’effort qui doit être consenti à chacune manque souvent . Certes, toutes méritent l’attention de l’entreprise. Mais il est bien évident que  leur enjeux et leur contribution au projet de l’entreprise diffèrent en importance. Aussi, l’entreprise se doit de prioriser ses parties prenantes et de dimensionner l’effort réservé à réserver à chacune d’elles.

5. Une définition simple et opérante de l’écosystème et ses conséquences.

5.1. Une définition simple et dont les termes permettent d’envisager toutes les conséquences.

Fondamentalement, il convient de poser une définition claire et simple de ce qu’est l’écosystème de l’entreprise. L’écosystème : « l’ensemble des parties prenantes au projet de l’entreprise qui contribuent à ce projet et en tirent profit. »

L’entreprise vit et prospère grâce à cet écosystème. Aussi, est-il vital d’en assurer la prospérité au mieux des intérêts de l’entreprise et de ses parties prenantes.

Dans la mesure où cet écosystème est vital pour l’entreprise, il est vital de veiller à l’écologie de cet écosystème. La démarche entrepreneuriale se confond alors avec l’écologie de son écosystème.

5.2. De l’importance des termes et de leur signification.

L’écosystème d’une entreprise est composé de l’ensemble de ses parties prenantes. Il est important de s’arrêter au sens fort de ce mot. Ces « parties prenantes » sont bien  parties « prenantes » au projet de l’entreprise. C’est-à-dire qu’elles participent au projet entrepreneurial et en font la réussite. De plus, parler de « système » souligne l’interdépendance de chacune de ses composantes. Dès lors, se trouve mise en évidence l’importance de voir chacune d’elle satisfaite dans ses besoins et attentes. Aussi, le dernier terme de la définition proposée ( « … et en tirent profit« ) est-il fondamental. Il est malheureusement trop souvent ignoré.

6. Une prise en compte et une exigence contre-intuitives qui appellent une démarche non naturelle.

Dès lors, contrairement à une recherche autocentrée du profit de l’entreprise, le profit de chacune des parties prenantes est à satisfaire.

6.1. Est-ce le rôle, voire l’intérêt, de l’entreprise de satisfaire les besoins et attentes de ses parties prenantes?

Certains diront que les parties prenantes sont , évidemment, les acteurs qui contribuent à la réussite de l’entreprise. C’est, pour eux, une évidence qui tombe sous le sens et n’a pas à être rappelée. Il n’y a rien de nouveau là dedans.

Par contre pour ces mêmes personnes, l’intérêt des parties prenantes n’a rien d’évident. « Pourquoi se soucier des attentes et besoins des parties prenantes ? » Certaines iront jusqu’à affirmer le contraire. Pour elles, satisfaire les intérêts et besoin des parties prenantes n’est pas dans la mission de l’entreprise.  Et, pour elles. cela peut être perte de temps et même aller à l’encontre des résultats de l’entreprise.

6.2. Un impératif, au cœur même de l’acte entrepreneurial.

Identifier et se préoccuper des besoins et attentes de chacune de ses parties prenantes est essentiel à la réussite de l’entreprise. Et cela même au-delà de toute préoccupation sociale. L’entreprise, en contribuant activement à la survie et au développement de ses parties prenantes, fait oeuvre écologique et profitable. En effet, elle en  tire, non seulement,  la garantie de sa survie mais bien davantage les opportunités de sa croissance.

6.3. Respecter ou non cet impératif  est ce qui différencie l' »Entrepreneur » de l' »Exploiteur ».

L’Exploiteur, à la différence de l’Entrepreneur, ne vise pas la pérennisation de sa situation. Ou s’il le fait (car, paradoxalement, beaucoup le souhaitent) il est en grand danger de voir son souhait non satisfait.

Il exploite une situation, une opportunité. Celle-ci, une fois exploitée se trouve  vidée des bénéfices qu’il était possible d’en soutirer. Elle disparaîtra en même temps que la possibilité de l’exploiter plus longtemps.

Nous sommes au cœur même du débat écologiste et de la préservation de l’environnement et de l’écosystème.

6.4. Respecter cet impératif nécessite une démarche difficile qui est contre-intuitive et non naturelle.

Préserver et valoriser son écosystème est une idée qui peut paraître simple et évidente. Et comme toute idée simple, elle peut paraître aisée à mettre en oeuvre.

De fait, il est faut et illusoire de le croire. Nous en parlons en connaissance de cause pour accompagner fréquemment des entrepreneurs dans ces démarches. Tous reconnaissent, au moment d’appliquer ce changement de posture, toute sa difficulté.

Cette nouvelle posture exige de successivement « se mettre  dans les chaussures » de chacune de ses parties prenantes pour envisager ses besoins et attentes. Elle exige ensuite de se questionner sur la façon dont l’entreprise les satisfait. Enfin, se questionner sur le niveau de satisfaction ressentie par la partie prenante.

Chacun des entrepreneurs et entreprises que nous accompagnons nous disent toute la difficulté qu’ils ont à le faire. Tous témoignent de la rapidité avec laquelle ils retombent dans  » leurs propres chaussures »  à rechausser  » leurs propres lunettes ».

Incontestablement, se préoccuper réellement des besoins et points de vue de l’autre est très exigeant. Il y faut une vraie discipline et la conviction de l’intérêt et de l’obligation de le faire. Or toute la valeur opérationnelle du concept d’écosystème dépend de l’intégration de cette posture nouvelle et de sa mise en pratique.

 

7. Un accès à des opportunités sans nombre.

Et pourtant, tous reconnaissent, une fois la posture prise, tout l’intérêt qu’ils y ont trouvé.  Ils insistent, notamment, sur l’accès qu’elle leur offre à la découverte et à l’invention de nouveaux produits et services.

En effet, prendre en compte les besoins et attentes des parties prenantes offre des opportunités sans limite à a créativité de l’entreprise.  Des opportunités d’identification de besoins à satisfaire et autant d’opportunités d’invention de produits et services, de collaborations, voire de partenariats possibles.

Cela semble évident (et encore ?) à beaucoup lorsque l’on considère le marché auxquels l’entreprise destine ses produits. Mais, pour beaucoup, cela est loin d’être le cas des autres parties prenantes.

Gardons-nous d’assimiler nos relations et façons d’aborder nos parties prenantes à celles qui nous lie à un simple prestataire ou un fournisseur.  Nous ne sommes liés à ces derniers que par un contrat de service ou de fourniture. Un contrat qui prend fin avec le règlement, selon le cas, du salaire, du prix d’achat ou des honoraires convenus.

A la différence d’une relation purement contractuelle, la relation qui noue l’entreprise à ses parties prenantes vit dans le temps. Elle est interactive et intervient au sein d’un système, l’écosystème de l’entreprise. Elle se nourrit de la relation entretenue dans le temps entre les deux partis.

8. Une garantie de pérennité et d’adaptation à un environnement changeant.

Ne pas s’en soucier met l’entreprise dans l’impossibilité de participer à l’évolution de ses parties prenantes. En effet, celles-ci évoluent en fonction de leur propre participation à d’autres écosystèmes.

L’inconvénient mineur mais réel, à ne pas se soucier de ses parties prenantes,  est, pour l’entreprise, de ne pas profiter de leurs évolutions positives.

Ne pas se soucier des attentes et besoins de ses parties prenantes  lui fait courir le risque d’ignorer les évolutions de ces dernières. Le risque est alors de voir certaines d’entre elles disparaître ou s’intégrer à d’autres écosystème dont elles tireront davantage profit. La croissance voire même la survie de l’entreprise peuvent alors être mises en cause.

9. La Vision et la Marque, clés de voûte de l’écosystème.

Sans approfondir ce qui mériterait de plus amples développements, précisons deux éléments tout à fait essentiels. Deux éléments qui, malheureusement, là encore, sont trop souvent mal définis et sous estimés.

9.1. « L’aimant » de la Vision

La vision choisie est au principe du choix des parties prenantes de l’écosystème. C’est cette vision qui orientera l’attention et les efforts à leur. Ces choix n’ont de sens et de pertinence qu’en fonction de la contribution de ces parties prenantes à la mise en oeuvre de la vision de  l’entreprise.

Le concept de Vision est malheureusement lui-même, souvent mal défini. Il est, de ce fait, mal perçu et trop peu souvent mis en oeuvre dans sa réelle dimension. Le concept de Vision se doit,pourtant, d’être au principe du projet de l’entreprise. Seule la vision permet d’évaluer la pertinence du choix des contributeurs au projet de l’entreprise et la cohérence de ses décisions et des actions entreprises.

9.2. « Le diamant » de la Marque.

Il en est de même du concept de Marque. Alors que la Marque se doit d’être l’incarnation de la Vision de l’entreprise, elle se trouve préemptée dans l’esprit de beaucoup par les marketeurs et les communicants.

Or, la Marque est l’incarnation de la vision de l’entreprise. Elle est au cœur de l’écosystème. Elle est porteuse du projet et des valeurs de l’entreprise et officialise la promesse que l’entreprise fait à chacune de ses parties prenantes.

Aussi, la Marque de l’entreprise, pour produire son plein effet, telle un « diamant », comportera autant de facettes que de parties prenantes de son écosystème.

10. Des actions pour en tirer le plus grand profit au mieux des intérêts de chacun.

  1. Redéfinissons l’écosystème dans chacun de ses termes et à sa juste valeur.
  2. Redonnons à la vision de l’entreprise son rôle majeur. Elle est au  véritable principe de toute action de l’entreprise. Comme telle, elle est l »aimant » de la cohérence de l’ensemble de ses décisions et de ses actions.
  3. Reconnaissons et valorisons la contribution de chacune des parties prenantes à notre projet entrepreneurial.
  4. Incarnons dans notre marque la promesse que nous faisons à chacune de nos parties prenantes. Et cela, en cohérence avec la vision et la mission qui sont celles de notre entreprise.
  5. Envisageons réellement les attentes et besoins de chacune de nos parties prenantes. Mettons nous dans les chaussures de ces parties  prenantes; Envisageons le monde au travers de leurs points de vue. L’exercice est loin d’être simple et il faut de la détermination pour ne pas retomber rapidement et inexorablement dans notre propre vision des choses dictée par nos seuls intérêts et besoins.

11. Le « Diamant de la Marque » : un véritable travail d’orfèvre.

La démarche « Le Diamant de votre Marque », développée et mise en œuvre  par RéSolutions, allie l’ensemble de ces composantes.  Elle structure autour de l’entreprise son écosystème et fédère par sa marque l’ensemble de ses parties prenantes. Elle élabore et fournit les outils de pilotage de cet écosystème propres à en assurer la cohérence. Une démarche qui définit et combine, en cohérence, l’ensemble des composantes qui font la pureté, la force et la dureté du diamant de la Marque : Vision,  Mission, Territoire, Valeurs, Ambition, Écosystème, Besoins et Attentes de chacune des Parties prenantes.

Autant de composantes à définir pour au final établir et faire briller de tous ses éclats la Marque de l’entreprise.

Une salutaire et bénéfique démarche de clairvoyance et d’engagement de la part de l’entrepreneur au cœur de son écosystème.

Un travail exigeant et difficile mais, au combien,  bénéfique et stimulant. Il permet à l’entrepreneur d’y trouver tout le sens et l’énergie de son projet.  Ce travail place l’entrepreneur au cœur de l’ensemble de ses contributeurs qu’il fédère ainsi pour la réussite de ce projet commun.

 

L'écologie de l'écosystème de l'entreprise.

 

 * Paul Valéry. Cahiers II, page 720 Bibliothèque de la Pléiade 1974.

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Entrepreneur, apprenez à voir double, triple, quadruple, … !

La « Vision double » qui bannit toute approche unilatérale, fonde la démarche philosophique. Elle se doit d’être la règle de base, non seulement des philosophes, mais également de tout entrepreneur. Cette règle de base, exigeante et difficile est trop souvent ignorée. L’appliquer à chacune des parties prenantes de son écosystème est, pour l’entrepreneur, gage de pertinence de son offre et de sa délivrance au marché et source de sens, de profit et de développement.

La « vision double », est-elle l’apanage des seuls philosophes ?

Une chronique de Roger Pol-Droit dans les Echos le 12 juillet dernier, « Apprendre à regarder autrement» (*) nous invite à voir la vie en philosophe et recherche en quoi cette vision est différente de celle « de l’économiste, du sociologue, du politologue ou du géopoliticien ».

Sa réponse est claire. Elle tient dans cette règle qui selon lui est celle du philosophe : « … voir double » doit être la règle. Aucune pensée lucide ne reste prisonnière d’une approche unilatérale. Dès qu’une hypothèse s’impose, il faut donc envisager l’hypothèse inverse. Dès qu’une évidence se profile, il faut se demander si le contraire n’a pas son mot à dire. Multiplier les points de vue, les faire entrer en tension. On dira que c’est l’hygiène intellectuelle de base. »

Hygiène intellectuelle de base, cette « vision double » se doit d’être, de plus, selon nous, la règle de base de tout entrepreneur.

Nous insistons sur le fait que cette vision double n’est pas réservée aux seuls philosophes. Elle se doit également d’être celle de tout entrepreneur. Dans une de ses acceptations « Entreprendre » convoque l’idée « d’entreprendre  quelqu’un » dans le sens d’ « engager une discussion pour l’amener à changer de point de vue, le convaincre », ainsi que l’idée de « tenter de séduire » dans une autre acceptation proche.

Dans une telle entreprise, les points de vue tant de l’entrepreneur que de son interlocuteur cible – son client, sont à prendre en compte. De fait, l’entrepreneur « entreprend » son marché et pour ce faire, il se doit de prendre en compte le point de vue des clients ou clients potentiels pour lesquels il a ou va défini son offre.

Une vision double qui intègre les besoins et la vision de vos clients et qui porte de le sens de notre entreprise.

RéSolutions, dans un article « Etes-vous certains de connaître la pointure de vos clients ? » (*) insiste, avec un clin d’œil, sur l’importance de « se mettre dans les chaussures » de ceux à qui l’on dédie son offre. Une démarche essentielle et qui tombe sous le bon sens. Elle est nécessaire, autant pour définir son offre, que pour l’adapter à la façon dont celle-ci est utilisée par ces clients et ainsi leur en faciliter l’usage et répondre encore plus totalement à leurs besoins.

Le faire est au cœur du sens donné à son entreprise, en identifiant et en choisissant la façon dont, par notre entreprise, nous souhaitons changer (avec humilité et à la dimension de nos ressources) le monde de nos clients et leur façon de voir le monde.

Cela dépasse le simple débat qui oppose une économie de l’offre à celle de la demande. Un débat, qui opposerait trop schématiquement un marché de l’offre pouvant faire fi de la vision du client à un marché tiré par la demande où ce regard serait indispensable. L’offre, quelle qu’elle soit, ne sera reçue par son marché cible que si elle répond à un besoin conscient ou non de son marché cible. Et cette offre ne sera reçue que si elle prend en compte la façon de voir de ces clients. Cette vision double est donc indispensable.

Une règle de base, malheureusement, trop souvent ignorée.

Reconnaissons que cette façon d’envisager le client et de voir par ses yeux n’est pas, et de loin, une démarche naturelle.

Il est vrai qu’il est très difficile de changer de vision et d’adopter celle d’autrui, de « chausser » ses lunettes. Nous revoilà face à l’exigence et aux bénéfices de se mettre dans les « chaussures » de ses clients.

Il n’est, pour s’en convaincre, que de reconnaître la difficulté que chacun de nous a, lorsqu’il cherche à se voir avec les yeux de son interlocuteur. Il y faut un effort très particulier et dont les effets sont très volatils. Très rapidement, et malgré nos efforts, nous recommençons à regarder l’autre en rechaussant nos propres lunettes l’autre alors même que nous cherchons, dans ce cas, à imaginer comment lui nous voit. Si vous en doutez, je vous encourage à faire l’essai et à en juger par vous-même.

Envisager et adopter la vision de l’autre – en l’occurrence, celle de vos clients – est réellement difficile mais hautement profitable. En de très nombreuses occasions, les entrepreneurs que RéSolutions accompagne, nous ont témoigné de l’extrême difficulté de l’exercice … mais aussi de l’extrême bénéfice qu’ils en ont retiré, une fois, le réflexe pris.

A défaut de le faire, nous courons le risque d’être « borgnes des deux yeux ».

C’est en effet le risque que nous courons à ignorer cette double vision. Notre offre et la façon de la délivrer, définies sur la base de notre seul point de vue, manquera d’acuité voire de pertinence dans sa proposition. En le faisant, nous ignorons les messages et décryptages que nous offrirait la compréhension humble et intime de la vision de l’autre.

En nous souciant réellement de découvrir cette vision de l’autre, notre marché nous offre sa façon de voir le monde. Et c’est là un véritable cadeau qui est fait à celui qui humblement et avec empathie entreprend cette démarche.

Une vision double, ou plutôt une vision à dédoubler autant de fois que notre écosystème comporte de parties prenantes.

La force de votre entreprise et de sa marque va dépendre de la façon dont elle s’adresse à chacune de vos parties prenantes et interagit avec chacune d’elles. Cette interaction sera d’autant plus profitable que vous prendrez en compte la vision, les valeurs et les besoins exprimés ou non de chacune de vos parties prenantes.

Sur cette base, RéSolutions a développé son concept de « Diamant de la Marque ». Il vous permet de vous enrichir de la vision de chacune de vos parties prenantes et de forger votre marque et votre offre en réponse à ces visions et attentes en les faisant interagir avec votre propre vision. C’est de leur interaction et de la convergence deux à deux de ces visions et de leur cohérence d’ensemble que votre entreprise tirera sa réussite et son développement.

Loin de voir trouble, cette vision double accroît l’acuité de la Vision de l’entreprise et la pertinence et l’acceptation de son offre (dans sa conception comme dans sa délivrance).

Vous serez surpris. Le gain est immédiat.

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J’ai mal à mon management !!!

Et vous êtes plus de 160 000 à le dire !

Gardons nous des généralisations hâtives et des condamnations faciles. Il faut bien, pourtant, dresser le procès-verbal des manquements trop fréquents du management  dans nombre de situations.

Comment en douter au vu des réactions que génère sur mon fil Linkedin le simple partage d’une interview de Nicolas Bouzou consacrée à ce thème  . A ce jour, ce post a généré  plus de 160 000 vues. Il a été partagé par 1300 personnes, a récolté près de 3500 « likes »s et a suscité  270 commentaires.

Le portrait de son talentueux et médiatique auteur qui illustre l’article a, sans nul doute, contribué à son attractivité. Nul doute non plus que l’extrait mis en exergue de mon partage ait fait écho au ressenti de beaucoup. Je le reproduis, ci-dessous.

" La plupart des managers n'ont aucune capacité de leadership, n'ont pas envie d'être une ressource et ils mettent des contraintes au lieu de les lever. Quand les entreprises ne choisissent pas les bons managers, cela donne des petits chefs qui vont faire de l'autoritarisme et donc l'inverse de l'autorité. La bonne autorité, c'est celle qui montre le chemin et qui tire les gens vers le haut. Malheureusement, cela devient très rare dans les entreprises et le drame, c'est que la part des salariés démotivés est en train d'exploser. "

Un constat qui trouve un très large écho et qui résonne sinistrement.

Que de dégâts et de souffrances dans cette démangeaison de  clics. Une démangeaison qui atteste de la pertinence de cette interview et de son constat. Un constat qui concerne tous les secteurs et toutes les positions. Qui en effet, n’est ou n’a pas été, n’est pas, ne sera pas managé ? La très grande variété des professions et des fonctions des personnes qui ont aimé, partagé ou commenté ce poste en atteste.

 

Les « dé-managés* » et les « dé-manageurs**»

Que de dégâts et de souffrances tant pour les « dé-managés »  que pour les « dé-manageurs ».  Compatissons pour les « mal managés », les plus à plaindre.  Toutefois n’ignorons pas la souffrance des managers non préparés et à contre-emploi. D’autant plus que cette souffrance joue souvent, en retour, le rôle d’injecteur de souffrance complémentaire pour les « dé-managés » qui n’en peuvent mais.

* Ceux et celles qui ont le malheur d’être mal managé(e)s.
** Ceux et celles, qui souvent, à leur insu, ont la malchance d’être mal préparé(e)s et non forcément managers par vocation et par compétence.

La faute au système et à l’intelligence des acteurs.

A qui en revient la faute ? Dans plus d’un cas, et sans conteste, aux caractéristiques personnelles des managers incriminés. Par contre, de nombreux commentaires suscités par ce post pointent avec raison le rôle et la responsabilité du système et des organisations.  Leur rôle est en effet primordial en  permettant voire en générant ce type de comportement si décrié.

En effet, comme nous l’a appris Michel Crozier, les acteurs  en société (à savoir chacun de nous) sont intelligents. Et leur  intelligence tient à l’adaptation de leur comportement au système qui les héberge. Si des « petits chefs » (de tout rang hiérarchique) existent c’est que des organisations les génèrent, les autorisent et les entretiennent.

A qui quitte, gagne.

 

Vous œuvrez dans une organisation qui, par ses valeurs, sa culture et ses modes de fonctionnement, de valorisation et de reconnaissance, encourage ce type de management ? Vous en souffrez, bien certainement ?  Le seul moyen de lutter est … de quitter l’entreprise. Cela est toujours difficile et, particulièrement, dans certains cas, en fonction de sa situation propre, de sa formation, de sa confiance en soi – que d’ailleurs le management que l’on cherche à fuir n’aura eu de cesse  d’abîmer – ou encore de la situation de l’emploi dans sa région.

De l’intelligence adaptée mais soumise … à l’intelligence libérée.

Mais loin d’être une fuite et une « démission », cette décision est, dans bien des cas, vitale et source d’équilibre et d’épanouissement retrouvés.

D’intelligent parce que capable de s’adapter, par cette fuite loin d’un milieu toxique vous retrouvez la liberté d’être intelligent.

Ainsi, si vous avez, désormais avertis, la chance de savoir  trouver une entreprise et des managers qui mettent en œuvre ce que Nicolas Bouzou appelle de ses vœux, le gain est sans commune mesure avec l’effort, souvent difficile qui vous a été nécessaire.

Une espèce en voie d’extinction et la promesse du « Regain » et de ses nouvelles pousses.

 

Une bonne nouvelle : une espèce menacée.

Le type d’organisations « dé-manageantes » est appelé à disparaître du fait de son incapacité à évoluer.

En effet, sourd aux évolutions et aux besoins nouveaux de la société, ce modèle est en passe d’être éradiqué. Nous pouvons, pour une fois, nous réjouir de la perspective de la disparition d’une espèce !

Et cela d’autant plus que de nouvelles pousses apparaissent sur le terreau de ces nouvelles attentes. Au propre du sens agricole (le « regain » : l’herbe qui apparaît après la première coupe) de nouvelles pousses sont porteuses d’un « regain ». De fait, l’image et le terme sont prometteurs de nouveaux fonctionnements et de nouveaux comportements.

Le regain des nouvelles pousses.

Ces nouvelles pousses éclosent en réponse au fort besoin de sens exprimé par les équipes. Un besoin de sens qui est le facteur essentiel de l’engagement. Ainsi, il trouve son écho dans la loi PACTE en cours de discussion. Et, au delà des murs du Parlement, il pousse les entreprises à définir leur « raison d’être ».  Une raison d’être qui complétée par la « mission » de l’entreprise aboutit à la définition de sa  « Vision ».

Des évolutions qui soulignent l’importance de la dimension culturelle de l’entreprise tant dans ses composantes humaines que dans l’affirmation de son projet et de ses apports à son écosystème. Dans cette vision enrichie et élargie, les voies d’évolution évoquées par Nicolas Bouzou valent non seulement pour les collaborateurs de l’entreprise. Elles s’appliquent, avec « profit », à l’ensemble des  relations de l’entreprise avec chacune des composantes de son écosystème et donc de ses partenaires.

Le management, dans ces perspectives, trouve une nouvelle dynamique et une toute autre dimension. Il peut, alors,  » montrer le chemin et  tirer les gens vers le haut » en en faisant des contributeurs au projet commun. Il ne peut plus s’accommoder de l’autoritarisme dénoncé par Nicolas Bouzou. Il devient effectivement celui qui donne le cap et lève les obstacles pour permettre la contribution optimale des équipiers.

Longue vie au management !

Certaines présentations trompeuses et racoleuses de l’holacratie veulent faire croire en l’avènement de l’entreprise sans management.  Combien, en effet, d’invitations à des présentations de l' »holacracy » , ou  de « l’entreprise libérée » vantent « l’entreprise sans managers« .

Loin de disparaître, le management y trouve alors toute sa place et sa noblesse. (cf. mon article « En levant le voile de l’Holacratie »).

Agissons pour le bienfait de la Société, de l’Entreprise et … de nous-mêmes.

Soyons acteurs de cette évolution.

Nous avons tous connu, nous connaissons tous, et connaîtrons tous ces situations de management déficient. Efforçons nous d’en tirer les leçons dans notre propre management. En effet, nous sommes tous d’une manière ou d’une autre « manager », ne serait-ce que de nous mêmes. Assurons nous de ne pas être nous mêmes, vis-à-vis de nous-mêmes, de nos proches et de nos coéquipiers, un « dé-manager ».

Il est possible de faire évoluer les choses et cela passe par chacun de nous.

Ainsi, appliquons à nous-mêmes et pour nous-mêmes, les remarques de Nicolas Bouzou.

 

Sommes nous certains d’avoir toujours envie d’être une ressource pour nous-mêmes et pour ceux qui nous côtoient et avec qui nous interagissons ?

Sommes nous certains de ne pas nous mettre, à nous-mêmes et autres, des contraintes au lieu de les lever ?

Sommes nous certains de vouloir nous tirer, nous et ceux que nous côtoyons, vers le haut ?

Sommes nous certains d’exercer envers nous et ceux qui nous côtoient, la bonne autorité, celle qui montre le chemin et qui tire vers le haut ?

En le faisant, un peu plus, chaque jour davantage, et pour le bien de tous, nul doute que le constat de Nicolas Bouzou perdra de sa pertinence.

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La révolte des premiers de la classe.

Le jounaliste Jean-Laurent Cassely consacre son livre « La révolte des premiers de la classe » (Arkhé, 2017) au phénomène des reconversions professionnelles radicales et ce qu’elles impliquent pour le futur marché du travail et de nos (notre) société(s).

En synthèse quelques extraits de l’interview donné par l’auteur au site Usbek & Ruca (Voir l’interview complet) :

  1. « Il y a quelques années, on avait peu d’incubateurs de start-up. Aujourd’hui, on en trouve à tous les coins de rue »
  2. « La dégradation des métiers de cadres est autant due au fait que tu t’endors devant un Powerpoint qu’à l’influence de la pop culture ». Le phénomène d’exode des open-space provient de la dégradation, réelle comme symbolique, des métiers de cadres.»
  3. « La Défense n’est plus le modèle. »
  4. « De même que les ouvriers ont été les travailleurs non-qualifiés de masse de la révolution industrielle, le col blanc sera assimilé à l’ouvrier de l’économie immatérielle. »
  5. « Les néo-artisans sont avant tout des marchands de symboles. »
  6. « Pour que le modèle fonctionne, il faut que les reconversions ne concernent qu’une partie de la population. »
  7. « Ce phénomène de retour au local est en fait global, ou en tous cas décliné, donc quelque part standardisé. »
  8. « Beaucoup de jeunes qui sortent d’école vont directement s’établir comme bistrotier ou restaurateur. Ils sautent la case  »bullshit job » »
  9. « On pourrait se dire que c’est un truc d’enfant gâté, mais je ne le pense pas »
  10. « C’est le cœur de ce phénomène : ça ressemble à une révolte, mais en fait, c’est une forme de refondation ». On a plus affaire à une rénovation de l’économie de marché qu’à une critique radicale de celle-ci ou à une volonté d’en sortir. »
  11. « Une critique artistique et non sociale du capitalisme» «Dans leur livre Le nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltanski et Ève Chiapello distinguent deux types de critiques du capitalisme : la critique artiste et la critique sociale. La critique sociale porte sur les inégalités sociales et salariales. La critique artiste porte plutôt sur l’inauthenticité des modes de vie, la laideur du monde et des objets de consommation contemporains, la critique de la publicité, et insiste sur l’épanouissement de l’individu, notamment dans la sphère professionnelle. Pour moi, les néo-artisans mettent en oeuvre cette « critique artiste » du capitalisme. Il y a donc un aspect critique indéniable, mais – et c’est ce qui fait l’intérêt du phénomène – c’est par cette critique que l’économie de marché se renouvelle
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