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Au-delà du stoïcisme ?

 

Je partage l’intention de cet article de Philippe Silberzahn. Mais je ne suis pas certain de partager son diagnostic sur le stoïcisme. (voir le lien vers l’article en commentaire)

Pourquoi parler d’un « au-delà du stoïcisme pour tracer sa voie en incertitude » quand le stoïcisme est précisément une doctrine qui nous invite à agir dans un monde qu’il nous importe de comprendre, en nous adaptant aux circonstances ?

Et pourquoi chercher chez Spinoza ou Montaigne ce que l’on trouve déjà, explicitement, dans les textes stoïciens ?

Je ne connais pas Spinoza. Je lis et relis Montaigne. Mais les textes des stoïciens, eux, je les lis et les relis très méticuleusement, en essayant, bien humblement, de m’approprier leur enseignement dans mes actions.

Le stoïcisme n’est pas la résignation

Car le stoïcisme n’est en aucune manière une doctrine de la résignation.

Il est une invitation à être un acteur libre : un acteur qui part du réel, l’examine, distingue ce qui dépend de lui de ce qui n’en dépend pas, puis donne son assentiment à ce qu’il juge vrai pour agir en conséquence.

Le stoïcisme pourrait même, très pertinemment, revendiquer son « copyright » sur l’effectuation dont Philippe Silberzahn s’est fait, avec talent, le promoteur.

Le risque des extrêmes

L’article évoque le risque de renoncer trop vite à transformer le réel et, à l’extrême, de devenir « un astre mort » résigné à la marche du monde.

Mais ce sont précisément des extrêmes qui n’appartiennent pas à la doctrine.

Et gardons à l’esprit, pour nous en préserver, ce qu’affirme Épictète :

« Car une fois les mesures dépassées, il n’y a plus de mesure. »

Faut-il pour autant arracher les pieds de vigne d’un Château Yquem parce que l’on peut se rendre ivre en abusant de son vin ?

Ce n’est pas le stoïcisme qu’il faut dépasser, mais ses caricatures.

Le réel comme point de départ

Car ce que propose le stoïcisme, c’est précisément de vivre le réel — sans résignation ni agitation — d’une manière active et créative, à partir de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons devenir.

Et les textes sont là pour le montrer.

La prudence, entendue comme connaissance des biens et des maux, n’est pas un repli timoré sur soi. La tranquillité recherchée par les stoïciens n’est pas l’endormissement : elle est la condition d’une action libre.

Une philosophie de l’action

Dès Chrysippe, au IIIe siècle avant notre ère, le stoïcisme cherche à concilier nécessité et liberté en distinguant, parmi les causes de nos actions, ce qui relève de notre propre faculté de jugement et d’assentiment.

Cicéron, Sénèque et Épictète poursuivront cette réflexion : l’événement n’est pas seulement quelque chose que nous devons subir. Il est aussi l’occasion donnée à la vertu de manifester sa valeur par une initiative adaptée aux circonstances.

Il n’y a donc ni passivité ni invitation à l’inaction dans le stoïcisme.

Il y a, au contraire, une incitation permanente à une action libre, raisonnée et raisonnable.

Épictète nous le rappelle :

« Nos actions valent ce que valent nos jugements. »

Le présent comme construction du futur

Les Entretiens et le Manuel sont, à mes yeux, des manuels — un véritable tuto — du comment vivre maintenant, tout en préparant le futur par l’action que nous posons maintenant.

Pour le stoïcien, le futur ne se contemple pas : il se construit, pas à pas, dans le présent.

Rendre au stoïcisme sa noblesse

Ce commentaire n’a donc pas pour vocation de contredire le message global de l’article de Philippe Silberzahn, dont je partage l’intention.

Il vise simplement à rendre au stoïcisme sa noblesse — trop souvent discréditée par ceux qui, en poussant certains de ses principes à l’extrême, en dénaturent la portée.

Le stoïcisme n’est pas une invitation à subir le monde.

C’est une invitation à agir librement dans le monde tel qu’il est.

Contenu de l’article
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Le changement tout compris

Un grand merci à Arnaud Tonnelé pour son post qui nous questionne sur le besoin de comprendre pour changer (Faut il comprendre pour changer ?)

Je fais partie de ceux qui croient qu’il faut comprendre pour changer. Et sauf à changer d’avis, je continuerai à le défendre 😉.

On dit souvent que « comprendre ne suffit pas pour changer ». C’est vrai. Mais attention : cela ne valide pas pour autant la réciproque. Changer sans comprendre, ce n’est pas changer — c’est subir.

Prenons l’exemple des nudges. Ces incitations douces modifient nos comportements… sans que nous en ayons conscience. Le terme « soumis » n’est pas neutre : il révèle le mécanisme. On obtient le comportement voulu, mais à l’insu de la personne. Est-ce vraiment un changement ?

La vraie question est ailleurs : de quel « comprendre » parle-t-on ?

Je distingue deux formes de changement :

·         Le changement subi : on agit sous l’effet d’une incitation extérieure. Dès qu’elle disparaît, le comportement revient.

·         Le changement choisi : on décide de se transformer. C’est ce que les stoïciens appelaient l’« assentiment » — l’adhésion consciente à une nouvelle façon de voir.

Se changer, c’est d’abord changer ses représentations.
Cela implique :

1.      Prendre conscience des limites de nos croyances actuelles.

2.      Adopter de nouvelles représentations plus alignées avec nos ambitions.

3.      Agir en cohérence avec ces nouvelles convictions.

Nos actions sont toujours le reflet de nos opinions. Le changement réel, c’est le changement d’opinion. Et chacun en est maître — tant qu’on ne lui impose pas des opinions à son insu. Sinon, on bascule dans un système autoritaire, où l’autorité de penser ne vous appartient plus.

Merci Arnaud Tonnelé pour ce post qui nous invite à creuser cette réflexion essentielle : qu’implique vraiment le fait de « se changer » ?

#changement #transformation #assentiment

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Ne pas supposer. Commencer par comprendre en toute empathie

L’outil de résolution de problèmes présenté par Igor Buinevici dans son post « The Honeycomb Method » propose une démarche particulièrement intéressante.

Elle l’est d’autant plus à mes yeux que sa première étape s’intitule :

Empathize

Igor Buinevici la résume par une formule aussi lapidaire qu’opérationnelle :

Stop assuming. Start understanding.

Ne supposez pas. Commencez par comprendre.

L’empathie comme posture

Dans cette méthode, l’empathie n’est pas simplement une étape parmi d’autres. Elle constitue plutôt une posture préalable qui conditionne tout le reste de la démarche.

Avant de chercher une solution, il faut accepter de suspendre ses premières interprétations :

  • Quel est réellement le problème ?

  • Pour qui constitue-t-il un problème ?

  • Dans quel contexte apparaît-il ?

  • Quelles contraintes, quels besoins et quelles perceptions le structurent ?

  • Que sommes-nous en train de supposer sans l’avoir vérifié ?

Cette posture oblige à déplacer le regard : on ne part plus de la solution que l’on souhaite apporter, mais de la réalité vécue par les personnes concernées.

Comprendre, c’est saisir ensemble

Cette exigence trouve un écho intéressant dans l’étymologie de comprendre.

Le verbe vient du latin comprehendere, formé de cum — « avec », « ensemble » — et de prehendere — « saisir ». Son sens premier renvoie donc à l’idée de saisir ensemble, puis, par extension, de saisir par l’intelligence et d’« embrasser par la pensée ».dictionnaire-academie+1

Comprendre quelque chose, ce n’est pas seulement recueillir une information isolée. C’est la replacer dans un ensemble de relations, en percevoir la structure, les interactions et la cohérence.

Comprendre un problème, c’est donc aussi comprendre le système dans lequel il prend forme.

Expliquer n’est pas comprendre

C’est là que se situe, me semble-t-il, une différence essentielle entre expliquer et comprendre.

Expliquer consiste à exposer des causes, des mécanismes ou des enchaînements.

Comprendre, au sens fort, consiste à percevoir comment les éléments tiennent les uns aux autres : les acteurs, les besoins, les contraintes, les habitudes, les règles, les effets imprévus et les conséquences à long terme.

On peut parfaitement expliquer un problème sans l’avoir véritablement compris.

Une notion longtemps en gestation

Cette réflexion est d’autant plus intéressante que le mot empathie lui-même a mis du temps à s’imposer dans la langue générale.

Son apparition en français est traditionnellement datée de 1903, alors qu’il ne figure pas dans votre édition du Petit Robert de 1973. Il est attesté dans l’édition de 1991, où il est défini comme la « faculté de s’identifier à quelqu’un et de ressentir ce qu’il ressent »

Près de neuf décennies séparent donc l’apparition attestée du mot de sa présence clairement documentée dans le Petit Robert.

Cette absence ne prouve évidemment pas que l’expérience n’existait pas. Les êtres humains pouvaient éprouver de la compassion, de la sympathie ou se représenter le vécu d’autrui bien avant que le terme empathie ne se diffuse.

Elle révèle toutefois peut-être que cette expérience n’était pas encore isolée, théorisée et stabilisée comme une notion autonome.

Une longue gestation lexicale. Une gestation bien longue. Mais cette notion est-elle pour autant arrivée à maturité ? Ou bien le mot, désormais très présent dans nos discours, demeure-t-il encore en quête d’une véritable incarnation dans nos pratiques ?

Reste à savoir si le bébé a véritablement atteint l’âge adulte — et s’il a fait son entrée dans la société autrement que sous la forme d’un mot à la mode.

Comprendre avant de résoudre

Étroitement liée à la pensée systémique, l’empathie n’est donc pas un supplément d’âme ajouté à la résolution de problèmes.

Elle en est une condition.

Car une solution véritable ne consiste pas seulement à traiter un symptôme. Elle suppose de comprendre la situation dans laquelle le problème se forme, les relations qui le maintiennent et les personnes qui en subissent les effets.

Ne pas supposer. Commencer par comprendre et embrasser par la pensée.

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La bonne tête ne fait pas la bonne idée


La nouvelle injonction : votre photo, votre vitrine

Je suis frappé d’une tendance nouvelle, notamment sur LinkedIn où les modes d’expression se succèdent, chacune jouant des coudes pour pousser la précédente vers la sortie. Après le carrousel, après les vidéos ventriloquant le texte de ce que l’orateur est en train de dire, voici le dernier impératif distillé par les experts en communication : mettez votre photo ! C’est vous que vous vendez, alors mettez-vous dans la vitrine. L’injonction n’est pas nouvelle : elle orne depuis toujours les affiches des agences immobilières, systématiquement décorées du portrait en médaillon de l’impétrant.

Avoir une « bonne tête » : cahier des charges d’un regard qui vend

Quel peut en être l’objectif ? Jouer sur le fameux « il ou elle a une bonne tête ». Encore faut-il s’entendre sur ce que cela signifie. D’abord, ne pas trop enfreindre les canons occidentaux de la beauté. Ensuite, afficher un regard qui inspire confiance. Fixez votre interlocuteur, ne le lâchez plus des yeux : il finira bien par vous acheter. Devenez son familier, à force de vous montrer.

Rien de neuf sous le soleil : le retour de la speakerine

Car nos conseils en communication les plus « modernes » ne font qu’accommoder de vieilles recettes. Pour celles et ceux qui en ont l’âge, cela évoque la speakerine, du temps où la télévision en noir et blanc se pilotait avec une télécommande à un seul bouton. Une speakerine invitée chaque soir dans le salon, devenue à force d’habitude une intime de la famille. Il paraît même que certains lui parlaient.

Du selfie à l’idée : que reste-t-il du message ?

Mais derrière cette esthétique du visage rassurant, c’est peut-être un narcissisme plus ordinaire qui s’exprime : celui qui pousse chacun à se mirer dans l’objectif de son smartphone, à se « selfiser », au risque de reléguer au second plan le message et la pensée que ce visage est censé porter. Le procédé n’est pas condamnable en soi — il l’est lorsqu’il devient une fin plutôt qu’un moyen.

Conclusion : et si on inversait la vitrine ?

Vivement le jour où ce sont les idées, et la valeur qu’elles apportent au changement du monde, qui feront la une — pas le regard qui les porte. En attendant l’invention du photomaton à idées, la vraie question à se poser avant de publier n’est peut-être pas « ai-je une bonne tête sur cette photo ? » mais « qu’est-ce que je fais avancer chez celui ou celle qui me lit ? ». Et vous, laprochaine fois que vous préparez un post : qu’allez-vous mettre en vitrine — votre visage, ou votre pensée ? Dites-le en commentaire, je suis curieux de vos pratiques.

 

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Voir, Relier, Agir

 

Le poète, éclaireur d’horizon

« Le poète doit être un professeur d’espérance. A cette seule condition il a sa place à côté des hommes qui travaillent, et il a droit au pain et au vin. Car il ne travaille pas, lui, ce qu’il fait, il est obligé de le faire (…) Il est obligé de voir plus loin, il est obligé de pressentir. Il est là-haut sur de formidables épaules et l’horizon s’étant abaissé, son regard vole jusqu’au bout de l’horizon des poètes… Son travail à lui c’est de dire. Il a été désigné pour ça. Les autres font. Alors, en toute justice, pour qu’il ait permission et droit de vivre, il doit être un professeur d’espérance. » – Jean Giono, Aux sources mêmes de l’espérance, L’eau vive. P204 – Tome III des œuvres romanesques complètes – Pléiade – 1974

À la lecture de Giono, le poète n’est pas en marge : il est en avance. Il voit, il pressent, il ouvre des horizons que d’autres n’aperçoivent pas encore.

Le thème du colloque que Faire Philo « Pourquoi pas des philosophes ? » et son interrogation : « Faut-il dire que l’on fait de la philosophie ? » me fournit l’occasion de cette réflexion.

Le philosophe, passeur de sens

Giono donne au poète une mission rare : être un « professeur d’espérance ». Non pas un rêveur inutile, mais un éclaireur. Celui qui voit plus loin, qui pressent, qui capte l’horizon avant les autres.

Mais entre celui qui voit et ceux qui font, un espace demeure. Un espace de traduction, de compréhension, de mise en sens, de mise en clarté, de mise en lien.

C’est là que le philosophe trouve sa place.

Non pas en surplomb, mais en interface.

Le philosophe n’est ni au-dessus, ni à côté. Il est entre. À l’écoute du poète, il capte l’intuition. Aux côtés de ceux qui agissent, il la rend compréhensible et opérante.

Il recueille ce que le poète pressent sans toujours le formuler pour tous. Aux côtés de ceux qui travaillent, il rend intelligible cet horizon, il le met à portée d’action.

Une triade essentielle

Le poète ouvre le possible. Le travailleur le réalise. Le philosophe relie les deux.

Sans le poète, l’action s’appauvrit. Sans ceux qui travaillent, l’espérance reste suspendue. Sans le philosophe, le lien se perd et chacun demeure dans son monde.

Voir, comprendre, agir : une triade essentielle et trois fonctions indissociables.

 Et peut-être est-ce là, aujourd’hui plus que jamais, la véritable fonction de la philosophie : non pas confisquer la pensée, mais la faire circuler.

Et vous, quelle est votre place ?

Dans votre propre vie, dans votre entreprise, dans vos engagements :

Êtes-vous celui qui voit ? Celui qui fait ? Ou celui qui relie ?

Et surtout : quelle place et quelle voix laissez-vous aux deux autres ?

Car aucune de ces positions ne suffit seule. C’est dans leur dialogue que naissent les trajectoires justes et les transformations durables

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Dans le vague, tout commence

Une époque en perte de repères

Nos sociétés traversent une crise profonde de vérité et de confiance. Médias sociaux, post-vérité, algorithmes au service des prédateurs de l’attention : nous vivons une époque où le vrai et le faux se disputent nos clics à prix d’or. La méfiance envers les institutions, les experts, la science elle-même, s’est généralisée. Dans ce chaos informationnel, le vague et le flou ne sont plus des accidents — ils sont devenus le paysage ordinaire de nos vies.

Mais ce vague, est-il un symptôme ou une ressource ? Un danger ou un territoire à explorer ?

Le vague, refuge contre le dogmatisme

L’histoire nous l’enseigne : plus on cherche à imposer une vérité unique — par la politique, la technologie, le marketing ou la propagande — plus les individus se réfugient dans le flou, le complotisme ou le rejet pur et simple. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une forme de résistance instinctive face à toute tentative de réduction du réel.

Les Lumières voulaient tout éclairer par la raison. Le Romantisme a répondu en réhabilitant l’intuition, l’émotion, le mystère. Aujourd’hui, nous rejouons cette tension à l’ère du numérique, avec une intensité inédite.

Naviguer entre les dilemmes : l’art du funambule

Comme les joueurs du jeu « La corde raide », nous devons aujourd’hui avancer en équilibre précaire entre deux pôles opposés : le vrai qu’il faut démasquer et authentifier, le faux qui se déguise en vérité. Entre le certain et l’incertain, le clair et le flou, il ne s’agit plus de choisir un camp mais d’apprendre à naviguer.

Cette zone grise n’est pas un échec de la pensée. C’est son terrain naturel.

Le vague comme espace de liberté et de nuance

Dans une société obsédée par la binarité — vrai/faux, bien/mal, succès/échec — le vague à l’âme peut être un refuge salutaire. C’est l’espace où l’on accepte que la réalité ne soit pas toujours tranchée, que les émotions et les idées puissent coexister sans se détruire.

Admettre le vague, c’est refuser l’arrogance des certitudes. C’est se donner le droit de penser lentement dans un monde qui veut tout accélérer.

Le vague fécond : antichambre d’un monde nouveau

Mais — et c’est ici que la nuance s’impose — le vague ne vaut que s’il est habité. S’il est fécondé par un refus, une interrogation, un désir de comprendre autrement.

Comme le souligne @Ibrahima Fall, le vague qui nous « fait perdre de vue des vérités structurantes » est un danger réel. Mais le vague qui nous pousse à questionner, à chercher, à innover est tout autre chose. Les idées les plus disruptives de l’histoire ont émergé de zones floues, d’entre-deux inconfortables, de doutes assumés — avant d’être formalisées, partagées, transformées en leviers de changement.

Le vague, bien vécu, est un terreau. Pas un marécage.

« Vaguons » ensemble, mais avec intention

Alors oui, « vaguons » — mais avec exigence.

Vaguons à nos interrogations, mais sans nous y noyer. Habitons l’incertitude comme un espace de travail, pas comme une zone de confort. Questionnons le réel, refusons les réponses trop faciles, et construisons ensemble de nouveaux repères — plus robustes parce que plus honnêtes sur leur propre fragilité.

Ce monde en mutation n’a pas besoin de certitudes supplémentaires. Il a besoin de gens capables de penser dans le brouillard, et d’en ramener de la lumière.

Partagez cet article si vous croyez, comme nous, que le doute bien orienté vaut mieux que la certitude mal fondée. Et dites-nous : dans votre vie, votre métier, votre engagement — comment habitez-vous le vague ?

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Addicts – ou addictés ?

Sommes-nous addicts, ou vivons-nous dans une société addictive ?

La question n’est pas rhétorique. Elle détermine qui porte la responsabilité — et donc qui doit changer.

Lors d’une récente conférence sur l’impact des réseaux sociaux chez les jeunes, un schéma a été projeté pour illustrer les mécanismes de l’addiction. Il en identifiait cinq marqueurs, les « 5 C » : Consommation, Compulsive et Continue, malgré des Conséquences néfastes et un Contrôle perdu.

 Les 5 C : les principales manifestations de l’addiction
(Addictions, dites-leur adieu ! – Laurent Karila)

En observant ce schéma, une évidence me frappe : il ne décrit pas seulement le comportement de l’addict. Il décrit, trait pour trait, la stratégie de la plateforme qui l’a rendu tel.

Ce glissement mérite qu’on s’y arrête. En français, on dit « addict » — jamais « addicté ». Ce n’est pas un détail : l’absence du second mot concentre l’essence du problème sur la personne, et exonère le système qui l’a fabriquée. Nommer les choses, c’est déjà choisir un camp.

En 2018, lors des auditions historiques devant le Sénat américain, les dirigeants des grandes plateformes numériques — Facebook, Google, Twitter, entre autres — ont dû répondre de leurs pratiques face à des sénateurs en colère, aux côtés de parents brisés. Mark Zuckerberg a présenté des excuses. Mais il aurait pu, légitimement, retourner la question : « Pourquoi me jugez-vous pour avoir appliqué avec talent les règles du système que vous défendez ? »

Car les 5 C ne sont pas une invention des Big Tech. Ils sont l’ADN de notre modèle économique tout entier.

  • La Consommation est le moteur de notre croissance.
  • Elle doit être Continue — ralentir, c’est régresser.
  • Elle est entretenue de façon Compulsive par la publicité, les modes, l’obsolescence programmée.
  • Elle génère des Conséquences néfastes — climatiques, sociales, politiques — que nous observons, impuissants, de crise en crise.
  • Et nous assistons, collectivement, à une perte de Contrôle : sur nos ressources, sur nos démocraties, sur notre propre attention.

Les plateformes numériques n’ont rien inventé. Elles ont simplement poussé la logique à son point de perfection — et leur valorisation boursière en témoigne.

Dès lors, accompagner les jeunes « addicts » vers un usage plus sain des écrans est nécessaire. Mais insuffisant, si l’on ne pose pas simultanément la question du sol sur lequel ces écrans ont poussé. Soigner l’addict sans interroger ce qui l’a rendu addicté, c’est traiter la fièvre en ignorant l’infection.

La vraie question n’est pas : comment protéger nos enfants des réseaux sociaux ?

Elle est : dans quelle société avons-nous décidé de les élever ?

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Podcast : Les dirigeants peuvent être les artisans de leur propre chute.

Votre plus grand atout – vos succès passés et votre longue expérience – peut devenir en réalité le piège stratégique qui mène votre organisation à l’aveuglement.

dans cet épisode 247 du Podcast de Intellia Consulting , interviewé par Eric L’Heureux je décortique  les 7 angles morts du dirigeant.

J’y révèle pourquoi l’obstacle à la transformation réside, bien souvent,  dans la posture du leader.

Dans cet échange, vous apprendrez :

• Comment la répétition des succès fabrique de la confiance excessive et de l’arrogance, à l’image des échecs retentissants comme celui de Jean-Marie Messier.

• Que le facteur commun à tous les angles morts est la fermeture à l’altérité et l’absence de contradiction.

• L’outil le plus puissant pour la lucidité : identifier son propre angle mort en se posant l’unique question cruciale.

Écoutez ci-dessous l’épisode audio complet « Les 7 angles morts du dirigeant » du podcast Innovation, Agilité et Excellence :

    • Visionnez ces quelques extraits vidéo de cet échange :

Quel signal faible pour
se mettre en garde ?

La double boucle
et la question que
l’on ne se pose pas

  • Retrouvez les 7 profils d’entrepreneurs face à une situation problématique de la série complète  » Et si vous étiez votre propre angle mort ? » ainsi que votre outil d’auto-diagnostic pour découvrir le votre:
    https://7types-serie-complete.netlify.app/ 

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Costard-cravate, costard-basket : quand les symboles du management changent de pied

La cravate entre au musée : un choc générationnel

Quelle surprise en découvrant la lettre du Musée du Management de février : la cravate y est exposée comme une relique ! Alors qu’elle avait progressivement déserté nos bureaux et nos plateaux télé, la voir ainsi mise au musée m’a provoqué un de ces petits chocs qui vous rappellent le temps qui passe. Belle initiative que ce musée des idées managériales, qui incarne les grandes évolutions de notre monde professionnel à travers des objets symboliques.

Le costard-cravate, uniforme d’une époque révolue

Cette cravate, indissociable de son costard, renvoie à une époque finalement pas si lointaine où le « costard-cravate » constituait l’uniforme incontesté du monde professionnel. Je me souviens de mon premier costume, acheté pour passer les oraux de concours : le sésame indispensable pour « entrer dans le système ».

Une révolte prémonitoire contre les apparences

Avec un demi-siècle de recul, je repense avec nostalgie à ma révolte de jeunesse contre cet « appendice inutile entravant le cou ». J’appelais déjà à sa disparition… il y a 50 ans ! Une anecdote me revient : lors d’un grand oral, face à cinq examinateurs tous costumés-cravates, l’un d’eux se moqua du fait qu’ayant fait une école militaire, j’avais dû souffrir du port de l’uniforme. En les désignant du doigt, je lui répondis spontanément : « Et vous, vous ne portez peut-être pas l’uniforme ? » Cette répartie révélait déjà l’essentiel : nous portons tous des uniformes, simplement nous ne les reconnaissons pas toujours.

Du col fermé au col ouvert : une vraie libération

Aujourd’hui, nous avons « tombé » la cravate, et cette disparition libère réellement l’esprit. Il existe une différence fondamentale entre les civilisations des « cousus » (les cols fermés) et celles des « drapés » (les cols ouverts). Le passage de l’un à l’autre traduit une évolution profonde de notre rapport au travail, à la hiérarchie et à l’autorité.

Le costard-basket : nouveau code ou nouvel uniforme ?

Une interrogation demeure néanmoins : sommes-nous passés du « costard-cravate » au « costard-basket » ? Le symbole aurait ainsi simplement migré de la tête aux pieds. Les baskets au bureau, nouvelle norme du management moderne, ne constituent-elles pas un nouvel uniforme, celui de la « cool attitude » obligatoire ? Comme pour la cravate il y a cinquante ans, il faudra sans doute une génération pour que nous prenions le recul nécessaire sur ce nouveau code vestimentaire.

Conclusion : Quelle authenticité derrière nos tenues ?

Au-delà de l’anecdote vestimentaire, cette évolution nous invite à une réflexion plus large : quels sont les véritables symboles de notre culture managériale aujourd’hui ? Avons-nous réellement abandonné les uniformes ou simplement changé de costume ? La vraie question n’est pas de savoir si nous portons des cravates ou des baskets, mais de comprendre ce que ces choix révèlent de notre rapport au pouvoir, à la créativité et à l’authenticité au travail.

Et vous, quels symboles vestimentaires ont marqué votre parcours professionnel ? Partagez vos réflexions et expériences dans les commentaires. Ensemble, continuons d’interroger les codes qui façonnent notre monde du travail.

Un immense merci à @Albert David pour cette belle initiative du Musée du Management et pour la qualité de ses lettres qui nourrissent notre réflexion collective.

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Et si le problème n’était pas le problème… mais la question que vous ne vous posez pas ?!

 

Cette série  » Et si vous étiez votre propre angle mort?  » explore sept manières très différentes pour chacun de nous de se retrouver bloqué face à une situation problématique.

Sept postures. Sept logiques internes. Sept façons parfaitement rationnelles… de devenir son propre angle mort.

Aucun de ces acteurs n’est incompétent. Aucun ne manque d’intelligence, d’engagement ou d’expérience.

Et pourtant, tous se heurtent à un même mur.

Pourquoi ?

Parce qu’à chaque fois, une question essentielle reste absente.

Non pas une question technique. Ni une question de moyens. Mais une question intérieure, souvent invisible à celui qui agit :

Quelle est la question que je ne suis pas en train de me poser face à ce problème ?

Au fil des verbatims, des dialogues et des situations rencontrées, une évidence est apparue :

👉 Ce ne sont pas les problèmes qui enferment.

👉 Ce sont les angles morts avec lesquels nous les regardons (pas!).

Selon les moments, selon la pression, selon l’enjeu, chacun de nous peut reconnaître en lui l’un de ces sept profils.

Il ne s’agit donc pas de s’identifier à un type. Encore moins de se juger.

Mais de comprendre comment notre manière de penser la situation détermine déjà nos marges d’action.

Alors existe-t-il l’un d’entre nous qui ne serait jamais son propre angle mort ?

Sans doute pas.

Mais il existe une posture particulière : celle qui consiste à interroger sa manière de voir avant de chercher à agir davantage.

Car la lucidité n’est pas un trait de personnalité. C’est une pratique.

Une discipline que l’on exerce précisément lorsque la situation devient complexe.

C’est dans cet esprit que cette série se conclut par un outil diagnostic conçu pour prolonger la réflexion et permettre à chacun de nous :

        1. d’identifier sa posture dominante face à un problème,

        2. de mieux comprendre celle de ses partenaires, collaborateurs ou interlocuteurs

        3. et surtout d’ouvrir et d’emprunter ses propres pistes d’évolution concrètes.

Parce que sa véritable maîtrise de décision et d’action ne consiste pas à ne jamais avoir d’angle mort. Mais à apprendre à les reconnaître avant qu’ils ne décident à notre place.

RéSolutions
Le plus grand obstacle n’est souvent pas le problème. C’est la question absente.  Parce qu’un problème mal regardé ne se résout jamais vraiment.
Quand la bonne question ouvre enfin la voie de l’action.

👉 Retrouvez l’intégralité de la série :
Et si vous étiez votre propre angle mort ?

Découvrez votre propre profil, ses angles morts et vos pistes d’évolution

 

 

 

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RéSolutions
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