Une boussole pour naviguer dans l’incertitude
Le monde de l’entreprise et du management est en constante évolution, et les méthodes traditionnelles de planification et d’évaluation sont de plus en plus mises à l’épreuve par la complexité croissante des systèmes. Dans ce contexte, la théorie du changement vectoriel, développée par Dave Snowden et promue par le Cynefin Centre, se présente comme une alternative audacieuse et pertinente. Linda Doyle spécialiste de la gestion de la complexité nous présente dans cet article « Change & Complexity ». cette théorie. Nous la présentons ci-dessous en valorisant ses apports tout en analysant ses conditions spécifiques d’exercice.
La thèse : Du but à la direction
La thèse centrale présentée dans cet article est que les théories traditionnelles du changement, qui se basent sur l’établissement d’un but final et le travail rétroactif pour y parvenir, sont inefficaces dans les environnements complexes. Ces systèmes sont dynamiques, et les relations de cause à effet ne peuvent être comprises que de manière rétrospective. La théorie du changement vectoriel propose une approche radicalement différente, concentrée sur
Une démarche cyclique en quatre étapes.
- Partir de la situation actuelle : Cette étape consiste à cartographier l’état du système pour comprendre ses connexions et ses propensions au changement. Des outils comme SenseMaker® sont utilisés pour collecter des données narratives auprès des acteurs du système.
- Définir une direction et identifier les « points d’appui » : Plutôt que de fixer un objectif final, on détermine une direction à suivre. On identifie ensuite les « adjacents possibles », qui sont les points d’évolution les plus proches de la situation actuelle, que l’on retiendra comme les premiers points d’appui pour aller plus loin.
- Concevoir les interventions : Les interventions sont de « petites » actions, appelées « probes » ou « sondes ». Des actions qui sont « sûres en cas d’échec » (safe-to-fail probes). Elles sont co-construites avec les membres de la communauté et visent à encourager des comportements plutôt que d’imposer des résultats.
- Boucle de rétroaction continue : Le processus est cyclique et nécessite une observation en temps réel pour détecter les « signaux faibles » et ajuster le cap. Cela permet d’identifier le « chemin de moindre résistance » et de lancer les interventions adaptées au moment opportun.
Un changement de paradigme nécessaire
Cette approche est hautement originale. Elle représente un changement de paradigme par rapport aux modèles linéaires. Elle reconnaît la complexité et l’incertitude comme des réalités inhérentes à de nombreux systèmes, offrant une alternative plus réaliste et agile. L’accent mis sur la co-conception et l’implication des acteurs sur le terrain est un point fort. Cela permet d’obtenir des interventions adaptées et de renforcer l’autonomie et l’engagement des équipes. La théorie vectorielle s’oppose aux « nudges » (incitations comportementales) et propose une approche plus éthique où les communautés définissent elles-mêmes la direction du changement.
Cependant, sa mise en œuvre peut être confrontée à plusieurs défis. Elle exige une forte tolérance à l’incertitude et un renoncement au contrôle total. La notion de « direction » plutôt que de « but » peut être difficile à appréhender pour les organisations habituées aux objectifs clairs. L’utilisation de données narratives peut aussi être perçue comme moins rigoureuse que les données quantitatives classiques.
Champs d’application : Utilité et limites
La théorie du changement vectoriel est particulièrement utile dans les domaines où la complexité est la norme, comme le développement social, la transformation organisationnelle et la politique publique. Elle est idéale pour résoudre des problèmes « mal définis » tels que la lutte contre le changement climatique.
En revanche, elle est moins profitable dans les environnements ordonnés, où les relations de cause à effet sont claires et prévisibles. Par exemple, elle ne serait pas optimale pour des tâches de production standardisées ou la gestion de la chaîne d’approvisionnement dans des contextes stables, où les approches traditionnelles de planification restent plus efficientes.
L’impact sur la décision
Cette théorie s’oppose aux idées managériales actuelles qui prônent l’établissement d’objectifs SMART. Elle invite les organisations à devenir plus résilientes et adaptables. Son impact potentiel est de permettre une meilleure prise de décision dans des systèmes imprévisibles, en évitant les échecs coûteux liés à des plans rigides.
S’adapter pour réussir
La théorie du changement vectoriel n’est pas une simple méthode, c’est une philosophie du management. Elle nous incite à accepter la complexité et à opter pour une approche plus humble, itérative et collaborative du changement. Au lieu de chercher à contrôler l’avenir, elle nous propose de l’influencer de manière progressive, en écoutant les signaux faibles et en travaillant avec les « possibles adjacents ».
Assurons nous que la façon dont nous gérons le changement dans notre entreprise est bien adaptée à la nature de votre système et du changement que nous recherchons. Dans les temps que nous connaissons il est plus que probable que cette approche de la Théorie du Changement Vectoriel nous sera utile, sous réserve d’un véritable changement de paradigme dans nos façons de manager et de piloter nos actions.