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L’ère de la complexité : Osez la théorie du changement vectoriel

Une boussole pour naviguer dans l’incertitude

Le monde de l’entreprise et du management est en constante évolution, et les méthodes traditionnelles de planification et d’évaluation sont de plus en plus mises à l’épreuve par la complexité croissante des systèmes. Dans ce contexte, la théorie du changement vectoriel, développée par Dave Snowden et promue par le Cynefin Centre, se présente comme une alternative audacieuse et pertinente. Linda Doyle spécialiste de la gestion de la complexité nous présente dans cet article « Change & Complexity ». cette théorie. Nous la présentons ci-dessous en valorisant ses apports tout en analysant ses conditions spécifiques d’exercice.

La thèse : Du but à la direction

La thèse centrale présentée dans cet article est que les théories traditionnelles du changement, qui se basent sur l’établissement d’un but final et le travail rétroactif pour y parvenir, sont inefficaces dans les environnements complexes. Ces systèmes sont dynamiques, et les relations de cause à effet ne peuvent être comprises que de manière rétrospective. La théorie du changement vectoriel propose une approche radicalement différente, concentrée sur

Une démarche cyclique en quatre étapes.

  • Partir de la situation actuelle : Cette étape consiste à cartographier l’état du système pour comprendre ses connexions et ses propensions au changement. Des outils comme SenseMaker® sont utilisés pour collecter des données narratives auprès des acteurs du système.
  • Définir une direction et identifier les « points d’appui » : Plutôt que de fixer un objectif final, on détermine une direction à suivre. On identifie ensuite les « adjacents possibles », qui sont les points d’évolution les plus proches de la situation actuelle, que l’on retiendra comme les premiers points d’appui pour aller plus loin.
  • Concevoir les interventions : Les interventions sont de « petites » actions, appelées « probes » ou « sondes ». Des actions qui sont « sûres en cas d’échec » (safe-to-fail probes). Elles sont co-construites avec les membres de la communauté et visent à encourager des comportements plutôt que d’imposer des résultats.
  • Boucle de rétroaction continue : Le processus est cyclique et nécessite une observation en temps réel pour détecter les « signaux faibles » et ajuster le cap. Cela permet d’identifier le « chemin de moindre résistance » et de lancer les interventions adaptées au moment opportun.

Un changement de paradigme nécessaire

Cette approche est hautement originale. Elle représente un changement de paradigme par rapport aux modèles linéaires. Elle reconnaît la complexité et l’incertitude comme des réalités inhérentes à de nombreux systèmes, offrant une alternative plus réaliste et agile. L’accent mis sur la co-conception et l’implication des acteurs sur le terrain est un point fort. Cela permet d’obtenir des interventions adaptées et de renforcer l’autonomie et l’engagement des équipes. La théorie vectorielle s’oppose aux « nudges » (incitations comportementales) et propose une approche plus éthique où les communautés définissent elles-mêmes la direction du changement.

Cependant, sa mise en œuvre peut être confrontée à plusieurs défis. Elle exige une forte tolérance à l’incertitude et un renoncement au contrôle total. La notion de « direction » plutôt que de « but » peut être difficile à appréhender pour les organisations habituées aux objectifs clairs. L’utilisation de données narratives peut aussi être perçue comme moins rigoureuse que les données quantitatives classiques.

Champs d’application : Utilité et limites

La théorie du changement vectoriel est particulièrement utile dans les domaines où la complexité est la norme, comme le développement social, la transformation organisationnelle et la politique publique. Elle est idéale pour résoudre des problèmes « mal définis » tels que la lutte contre le changement climatique.

En revanche, elle est moins profitable dans les environnements ordonnés, où les relations de cause à effet sont claires et prévisibles. Par exemple, elle ne serait pas optimale pour des tâches de production standardisées ou la gestion de la chaîne d’approvisionnement dans des contextes stables, où les approches traditionnelles de planification restent plus efficientes.

L’impact sur la décision 

Cette théorie s’oppose aux idées managériales actuelles qui prônent l’établissement d’objectifs SMART. Elle invite les organisations à devenir plus résilientes et adaptables. Son impact potentiel est de permettre une meilleure prise de décision dans des systèmes imprévisibles, en évitant les échecs coûteux liés à des plans rigides.

S’adapter pour réussir

La théorie du changement vectoriel n’est pas une simple méthode, c’est une philosophie du management. Elle nous incite à accepter la complexité et à opter pour une approche plus humble, itérative et collaborative du changement. Au lieu de chercher à contrôler l’avenir, elle nous propose de l’influencer de manière progressive, en écoutant les signaux faibles et en travaillant avec les « possibles adjacents ».

Assurons nous que la façon dont nous gérons le changement dans notre entreprise est bien adaptée à la nature de votre système et du changement que nous recherchons. Dans les temps que nous connaissons il est plus que probable que cette approche de la Théorie du Changement Vectoriel nous sera utile, sous réserve d’un véritable changement de paradigme dans nos façons de manager et de piloter nos actions.

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Et si la stratégie était moins une question de plans parfaits… que de mélodies incomplètes ?

Stratégie : l’art de composer avec l’incertitude, entre doute et détermination.

Un grand merci au Dr. George Wainaina pour sa question de savoir quelle définition je donne de la ce qu’est la Stratégie…. Une question que je craignais de me voir posée en écrivant mon post sur la difficulté de la définir en commentaire de l’article de Timothy Timur Tiryaki, PhD 😉) En effet s’il est facile de dire ce que la stratégie n’est pas, il est plus difficile de dire ce qu’elle est.

Pour s’accorder sur la définition que je donne de la stratégie, je dois, pour les non musiciens, une explication sur le titre de cet article.

Le si bémol majeur : une tonalité ambiguë

En musique, le si bémol majeur est une tonalité riche mais instable :

–   Elle évoque à la fois la gravité (proche du do mineur, tonalité du drame) et l’espoir (sa relative majeure, ré bémol, est lumineuse).

–   Comme en stratégie, elle oscille entre ce qu’on maîtrise (la partition, votre projet) et ce qui échappe (les réactions imprévisibles du marché, des concurrents).

A l’exemple d’un chef d’entreprise lance un produit innovant (sa « partition ») sans savoir comment les consommateurs l’accueilleront (les « notes manquantes »). Il doit improviser en gardant la mélodie globale — comme un jazzman qui suit une grille d’accords tout en s’adaptant aux autres musiciens.

Cette formule s’efforce de capturer à la fois l’incertitude (« la méconnaissance de cause ») et la dimension à la fois mélancolique et résolue de l’action stratégique.

La stratégie est un art et non une science

Pour commencer, disons que la stratégie n’est pas une science mais un art. Et là presque tout est dit. Contrairement à une science, le résultat d’un art n’est pas anticipable (à moins de répéter à l’infini toujours le même tableau, ou le même roman, ce qui n’est plus de l’art mais de l’industrie ! …).

Agir en méconnaissance de cause : La stratégie n’est pas un calcul froid, mais un pari éclairé.

On agit sans certitude (comme un général ignorant les plans de l’ennemi, ou un startuppeur testant un marché). Mais on le fait au service d’une cause (votre mission), qui donne un cap malgré l’incertitude. Clausewitz parlait du « brouillard de la guerre » (Nebel des Krieges). La stratégie, c’est avancer dans ce brouillard avec une boussole (son projet) et sans carte détaillée.

L’art d’avancer dans le brouillard, avec une partition incomplète.

La stratégie est l’art de poser des hypothèses de ce qui peut se passer l’autre côté de la colline, cette colline qui vous cache « l’ennemi ». C’est décider en méconnaissance de cause.

L’art du « Si … »

Toute action est portée par une stratégie, la plupart du temps informulée ou implicite et non explicitée : l’espoir de voir se réaliser ce qui est recherché par l’action entreprise. Si je fais ceci alors j’ai l’espoir d’obtenir cela.

Toute stratégie élaborée élabore les différentes hypothèses de ce que ce qui peut surgir de ce brouillard une fois qu’il se dissipera.

Une partition incomplète mais un thème clair, celui de la mission.

La stratégie est un art d’agir mis au service d’un objectif qui est lui-même au service d’une mission et d’un projet. L’art d’imaginer les différents scénarios permettant l’atteinte de cet objectif tout en sachant que l’objectif pourra lui-même évoluer en fonction des circonstances qui se présenteront au cours du « combat ».

Le terme de combat par son étymologie (Cum = avec) devant utilement s’entendre comme un combat « avec » plutôt que « contre » pour atteindre la réussite du projet et l’accomplissement de la mission.

Cet art ne se résume pas à être « agile » et à danser avec le « concurrent » (toujours le « cum » au sens de « avec », ou plutôt à être agile dans ses propres chaussures. C’est-à-dire avec et en tenant compte de ses propres moyens du « ici et maintenant » (certains parlent d’ »effectuation ») tout en intégrant que ces moyens pourront évoluer dans le temps et en fonction des circonstances rencontrées.

La partition stratégique : une sonate en trois temps

Pour pousser la métaphore musicale, j’évoquerais une partition stratégique en trois temps :

1. Silence : Ecouter le marché et les signaux qu’il envoie

Airbnb a pivoté en 2009 après avoir écouté ses premiers utilisateurs (passant des matelas gonflables aux logements).

2. Thème : Lancer une action claire,

Tesla mise sur les voitures électriques avant que le marché ne soit mûr.

3. Adaptations : Improviser les variations en fonction des « contre-chants » du marché

Netflix transforme un déclin (celui de Blockbuster) en opportunité — passant du DVD  au streaming comme un jazzman qui change de tonalité en cours de morceau

 

Votre projet est une mélodie, le marché en écrit les contrechants.

Et vous, quelle est votre partition incomplète ?

La stratégie, c’est oser jouer une mélodie dont on ne connaît pas toutes les notes, mais dont on croit à la beauté.

Trois questions pour passer à l’action :

  1. Quelle est votre mission (votre « thème » musical) ?

  2. Quelles hypothèses faites-vous sur « l’autre côté de la colline » ?

  3. Comment allez-vous écouter les « contrechants » du marché pour ajuster votre partition ?

 Cet article est une invitation à la discussion. Vous avez un exemple de stratégie « en si bémol » ? Un échec qui vous a appris à composer avec l’incertitude ? Partagez-le en commentaire — les meilleures partitions s’écrivent à plusieurs.

 

 

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Au-delà des recettes business : retrouver l’essence de l’action et de la transformation


Le diagnostic sans appel de Paolo Andreassi

Paolo Andreassi pose dans un post un diagnostic sans complaisance sur l’état actuel de la littérature de développement personnel et professionnel. Selon lui, la plupart de ces ouvrages ne sont qu’un « reconditionnement sans fin de recettes vues ailleurs, souvent condensées en formules attractives mais manquant de profondeur ». Sa conclusion est tranchante : acheter de tels livres est rarement une bonne idée si l’on recherche un contenu original et véritablement transformateur.

Cette analyse révèle trois problématiques majeures qui méritent notre attention.

Premier problème : le reconditionnement déguisé en innovation

Le marché du livre business prospère sur une illusion d’originalité. Sous des habillages marketing constamment renouvelés, les auteurs tentent de faire croire à la nouveauté de leur contenu. Ils se positionnent en initiateurs d’une pensée, alors qu’ils ne font que recycler des principes énoncés depuis l’Antiquité.

Cette approche nous prive d’un ouvrage essentiel : celui qui rassemblerait ces principes fondamentaux, en expliquant leurs fondements, leur validité et leurs interconnexions. Un livre qui assumerait sa dette envers la sagesse antique plutôt que de la dissimuler.

Deuxième problème : la superficialité qui empêche l’appropriation

Cette course au reconditionnement s’accompagne d’une dangereuse superficialité. Les « recettes » sont présentées sans explication de leurs raisons d’être, privant le lecteur de la compréhension nécessaire à leur appropriation réelle.

L’analogie culinaire est éclairante : imaginez un livre de cuisine qui se contenterait de lister les ingrédients sans expliquer les techniques, les temps de cuisson ou les subtilités transmises par nos grands-mères. Ces livres business font exactement cela : ils donnent la forme sans l’essence, la recette sans l’âme qui la rend efficace.

Troisième défi : concilier sagesse ancestrale et innovation nécessaire

Nous vivons une époque de ruptures profondes où tous nos repères vacillent. Dans ce contexte, évoquer la « sagesse de nos grands-mères » peut sembler désuet. Comment ces anciennes recettes pourraient-elles répondre aux défis inédits qui exigent de nouveaux paradigmes ?

Cette question révèle une fausse opposition entre tradition et innovation.

La solution : extraire le « concentré » de sagesse universelle

En réalité, si nous vidons ces livres business de tout ce qui relève du paradigme occidental aujourd’hui en crise, nous pouvons en extraire un « concentré » précieux. Cet extrait, débarrassé du contingent et du spécifique, révèle les principes universels de la condition humaine – ce que la philosophie étudie depuis des millénaires.

Cette essence concentrée possède toute la saveur d’une sagesse qui transcende les époques et les cultures.

L’impératif d’invention d’un nouveau paradigme

Parallèlement, nous devons créer les œuvres qui inventeront les nouveaux paradigmes nécessaires à notre époque. Ces livres restent à écrire, et ils naîtront de la rencontre entre les rayons « Philosophie » et « Innovation », loin des présentoirs « Business bestsellers ».

La complémentarité retrouvée

Loin de s’opposer, sagesse ancestrale et innovation future se complètent. L’exigence de profondeur s’applique autant à la redécouverte des principes philosophiques qu’à l’invention des solutions de demain.

Un appel à l’action pour nous lecteurs et auteurs de demain

Le temps est venu de dépasser la consommation passive de contenus recyclés. Lecteurs, exigeons plus de nos lectures : cherchons les ouvrages qui assument leur héritage philosophique tout en osant l’innovation véritable. Auteurs et penseurs, ayons le courage d’écrire ces livres qui manquent : ceux qui articulent sagesse universelle et solutions contemporaines.

L’avenir de notre développement personnel et professionnel se jouera dans cette synthèse créatrice entre l’intemporel et l’inédit. À nous de la faire naître.

 

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« THE ONE THING THAT CHANGES EVERYTHING » How to Build Atomic Habits That Create Exponential Wealth in 90 Days

Je tiens à détromper Paolo Andreassi qui se plaint dans un post de la vacuité des livres des rayons Business des aéroports internationaux. Je lui en apporte la preuve avec ce livre passionnant, qui ne me quitte plus depuis que j’ai eu la chance de le trouver sur les rayons de la gare de Vierzon. Pour toutes celles et ceux qui n’aurez pas la chance de prendre quelques jours de vacances et qui sont à la recherche d’une lecture définitive leur ouvrant les portes de la réussite je leur reproduis ici la quatrième de couverture de ce livre incontournable.

4ème PAGE DE COUVERTURE

« Ce livre m’a permis de générer 10 millions de dollars en 6 mois en appliquant une seule méthode révolutionnaire. »CEO Fortune 500

Vous êtes à 90 jours de transformer votre vie financière pour toujours.

Dans un monde où 95% des entrepreneurs échouent dans leurs 5 premières années, il existe UNE méthode qui sépare les gagnants des perdants. Une méthode si puissante que les plus grands CEO la gardent jalousement secrète.

DÉCOUVREZ :Le Principe des 1% Composés : Comment des micro-actions quotidiennes créent des résultats exponentiels ✓ La Matrice de Priorité Ultime : L’outil secret utilisé par Bezos, Musk et Gates ✓ Les 7 Habitudes Millionnaires : Le système exact qui a créé plus de 2000 nouveaux millionnaires ✓ La Règle des 90 Jours : Pourquoi cette période précise démultiplie vos résultats par 10 ✓ Le Mind-Hack Financier : Comment reprogrammer votre cerveau pour attirer l’argent

L’AUTEUR qui a révolutionné 50 000 vies

Après avoir analysé les habitudes de plus de 10 000 entrepreneurs à succès, [NOM D’AUTEUR] a découvert le « code secret » qui transforme n’importe qui en machine à générer de la richesse. Ses méthodes ont permis à ses clients de lever plus de 500 millions de dollars et de créer des empires commerciaux.

Ancien consultant McKinsey, diplômé Harvard Business School, conférencier TEDx avec 15M de vues.

CE QUE VOUS OBTIENDREZ EN PLUS :

  • Accès exclusif à l’App « Wealth Builder » (Valeur : 497€)

  • Webinaire privé avec l’auteur (Limité à 100 personnes)

  • Template Excel « Millionaire Tracker » (Valeur : 197€)

« Si vous ne lisez qu’un seul livre cette année, que ce soit celui-ci. Il peut littéralement vous rendre millionnaire. »Tim Ferriss, auteur de La semaine de 4 heures

« Une méthode révolutionnaire qui m’a permis de tripler mon chiffre d’affaires en 6 mois. »Gary Vaynerchuk

« Le livre que j’aurais voulu lire il y a 20 ans. »Tony Robbins

Prix de lancement exceptionnel : 39,99€ 24,99€

Offre limitée dans le temps

GARANTIE 100% SATISFAIT OU REMBOURSÉ – 60 JOURS

Note de l’éditeur (que je ne suis pas) : J’ai le regret de devoir ajouter que ce livre n’existe pas (encore). L’idée m’en est venu à la lecture du post de Paolo Andreassi. Il nous y fait part de son habitude de visiter, lors de ses déplacements internationaux, les corners Business des aéroports et de se désoler de la vacuité des ouvrages qui s’y trouvent sous des packagings toujours plus attrayants. Merci à lui de m’avoir ainsi inspiré cette idée de demander à l’IA de générer LE livre qui, fort d’un succès mondial, sera en tête de gondole de tous ces corners.

Bonne lecture !

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Extraversion en déclin : un isolement qui gagne toutes les générations

Cet article s’appuie sur l’étude publiée dans le Financial Times par John Burn-Murdoch et commentée par Ross Dawson, qui analyse l’évolution de quatre des dimensions de personnalité sur les dix dernières années : le caractère consciencieux, le névrosisme, l’agréabilité, l’extraversion. Il est à remarquer que la cinquième dimension : l’ouverture à l’expérience n’est pas évoquée.  

Les « jeunes » au centre… ou pas. Mettre dans le titre le projecteur sur les « jeunes » peut, selon l’âge du lecteur, soit attirer l’attention, soit provoquer un certain recul. Pourtant, les données récentes invitent à regarder plus largement : toutes les générations sont concernées, et particulièrement par l’évolution de la dimension « Extraversion ».

 Les 40-50 ans : une évolution parallèle . Chez les 40-50 ans, la tendance suit celle des 16–39 ans, mais avec une ampleur moindre. Ce décalage s’explique par un point de départ plus positif sur chacune des dimensions observées. En 2014, cette tranche d’âge déclarait en moyenne un niveau d’enthousiasme social plus élevé, ce qui amortit la baisse observée aujourd’hui… sans l’empêcher.

Les plus de 60 ans : stables sur les trois premières dimensions… mais pas pour longtemps. Les plus de 60 ans restent globalement semblables à eux-mêmes sur les 3 premières dimensions,  mais semblent atteints de … jeunisme sur la quatrième dimension.

Extraversion : un signal d’alerte majeur. La baisse de l’extraversion est l’indicateur le plus préoccupant. Ce repli sur soi, progressif mais constant, menace l’avenir des  trois autres dimensions observées. Les plus de 60 ans, pourtant plus stables ailleurs, n’y échappent pas. L’isolement devient une tendance commune, touchant toutes les générations. Ce repliement sur soi gagne et plonge toutes les générations dans le même isolement individualiste.

Un risque commun à toutes les générations De tous les indicateurs étudiés, l’extraversion et son évolution parait le plus annonciateur de l’évolution des trois autres composantes. « Jeunes et moins jeunes, même combat », pourrait-on dire. Mais ce combat n’est plus toujours « avec » les autres ; il tend dangereusement à devenir « contre ».

 Retisser le lien social. Le problème des jeunes est qu’ils ont vocation à vieillir. Si la baisse de l’extraversion se poursuit, l’avenir risque d’être encore plus solitaire pour chacun. Agissons dès maintenant : multiplions les occasions de rencontres, valorisons la participation communautaire, engageons-nous dans des projets collectifs. Retisser le lien social n’est pas un luxe, c’est une urgence. Il est urgent d’apprendre à vieillir ensemble !

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L’Entreprise et l’Impact Social : Réconcilier Profit et Éthique ou Fausse Dichotomie ?

Préambule : Un positionnement nécessaire

Avant d’aborder cette réflexion, il convient de préciser un point essentiel : cette réflexion personnelle émane d’une conviction profonde en faveur de l’éthique et de la valeur sociale de l’entreprise. Cette position, étayée nombre de mes articles antérieurs sur ces sujets, me permet d’aborder la question avec la sérénité nécessaire, à l’abri de tout soupçon de complaisance envers un capitalisme débridé. Cette précaution méthodologique m’autorise à questionner certaines évidences sans craindre d’être taxé de partialité pro-business

Quand l’éthique rencontre la réalité économique

Dans le débat contemporain sur la responsabilité des entreprises, une opposition artificielle s’est cristallisée entre profit et impact social. Cette dichotomie, bien qu’intellectuellement séduisante, masque une réalité plus complexe et plus prometteuse : l’interdépendance fondamentale entre création de valeur économique et contribution sociale.

La genèse d’une réflexion : Au-delà des slogans

Le Piège de la Rhétorique « Au-Delà du Profit »

L’expression « au-delà du profit » qui parsème les discours sur la RSE révèle un malentendu profond. Elle suggère que profit et impact social évoluent sur des trajectoires parallèles, voire opposées. Cette vision binaire ignore une vérité économique fondamentale : dans une économie de marché saine, le profit durable ne peut exister sans création de valeur réelle pour les parties prenantes.

L’éthique comme intelligence stratégique

Contrairement aux idées reçues, l’éthique d’entreprise n’est pas une contrainte externe imposée par la société. Elle constitue une intelligence stratégique, un système d’alerte précoce qui protège l’entreprise contre ses propres excès destructeurs. Une entreprise qui détruit ses clients, ses employés ou son environnement ne fait pas preuve d’efficacité économique – elle révèle son incompétence managériale.

Le cœur de l’argumentation : client et société, même combat

L’unité fondamentale : Création de valeur et impact social

Reprenons l’axiome de Peter Drucker : « Le but premier d’une entreprise est de créer un client. » Cette affirmation, loin d’être une banalité marketing, révèle une vérité profonde. Créer un client signifie identifier un besoin authentique et y répondre de manière durable. Or, tout besoin authentique possède par nature une dimension sociale.

Cas concret : L’industrie pharmaceutique Quand Novo Nordisk développe des traitements contre le diabète, elle ne fait pas de la philanthropie « au-delà du profit ». Elle répond à un besoin médical massif, génère des revenus substantiels, et contribue simultanément à réduire les coûts de santé publique. Le profit et l’impact social ne s’additionnent pas – ils se confondent.

L’entreprise prédatrice : Exception qui confirme la règle

L’entreprise authentiquement prédatrice – celle qui détruit systématiquement la valeur qu’elle prétend créer – révèle par contraste la normalité vertueuse. Enron, Theranos, ou certaines pratiques bancaires prédatrices ne représentent pas l’échec du capitalisme mais celui de la logique entrepreneuriale elle-même.

Exemple historique : La transformation de Ford Quand Henry Ford double les salaires de ses ouvriers en 1914, il ne cède pas à un élan philanthropique. Il résout un problème de turnover, améliore la productivité, et crée un nouveau marché pour ses automobiles. L’impact social (émergence d’une classe moyenne consommatrice) découle directement de la logique économique.

Les implications managériales : Vers une nouvelle grammaire de l’entreprise

Redéfinir les indicateurs de performance

Si client et impact social se confondent, nos tableaux de bord doivent évoluer. Au lieu d’opposer indicateurs financiers et extra-financiers, il faut mesurer la création de valeur dans sa globalité :

  • Durabilité client : Fidélisation et satisfaction sur le long terme
  • Écosystème de valeur : Impact sur l’ensemble de la chaîne de parties prenantes
  • Résilience systémique : Capacité à maintenir la création de valeur face aux chocs

L’innovation comme synthèse naturelle

L’innovation authentique illustre parfaitement cette synthèse. Quand Tesla révolutionne l’automobile électrique, elle ne fait pas du « profit puis de l’écologie » – elle résout simultanément un problème de rentabilité industrielle et un défi environnemental. L’innovation est par essence la recherche de cette synthèse optimale.

Les limites et nuances : Garder le cap de la lucidité

Quand les temporalités divergent

Il existe des situations où profit immédiat et impact social peuvent temporairement diverger. La fermeture d’une usine obsolète génère du profit (optimisation des coûts) mais crée un impact social négatif immédiat (chômage local). Cependant, maintenir artificiellement une activité non-viable ne constitue pas une solution durable – elle ne fait que reporter et amplifier les difficultés.

L’arbitrage temporel comme défi managérial

Le véritable défi managérial consiste alors à gérer ces arbitrages temporels en minimisant les coûts sociaux de transition tout en préparant les conditions d’une nouvelle création de valeur. C’est précisément ici que l’éthique révèle sa dimension stratégique.

Pour une réconciliation productive

Dépasser la Guerre des Chapelles

La polarisation entre « zélateurs de l’éthique » et « partisans du profit » stérilise le débat et freine l’innovation sociale. Elle détourne l’attention des vrais enjeux : comment améliorer notre capacité collective à identifier, mesurer et créer de la valeur authentique ?

L’Entreprise comme laboratoire social

Reconnaître l’unité fondamentale entre création de valeur économique et impact social ne conduit pas à la complaisance. Au contraire, cela élève le niveau d’exigence : chaque décision managériale doit être évaluée à l’aune de sa capacité à générer une valeur durable pour l’ensemble des parties prenantes.

L’entreprise de demain ne sera ni « capitaliste » ni « sociale » – elle sera tout simplement plus intelligente dans sa compréhension de ce qui constitue la valeur. Et cette intelligence constitue peut-être notre meilleur espoir de concilier performance économique et progrès social dans un monde aux ressources limitées.

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La question de la question.

Andrea Petrone nous propose avec pertinence dans ce post « How to ask questions that shifts the room » 10 façons de poser pour un CEO (mais en fait pour chacun de )des questions qui inspirent l’autre et l’aidant à penser et à agir. C’est là également la mission que se donne Yves Richez, PhD dans son article « Comment poser une bonne question ?« . Ou encore Jean-Philippe Denis dans une de ses chroniques, qui nous rappelait que « Diriger, c’est aussi l’art de se poser les bonnes questions« .

Merci à tous pour ces pistes qui sont autant de « béquilles » pour approcher pour soi et pour l’autre un pan de la réalité qui nous échappait faute d’avoir la réponse à ces questions.

Mais avant de nous armer de ces béquilles qui nous aideront à boitiller vers la vérité de la réalité ne convient-il pas de nous poser la question de la question ? Avant de savoir comment nous poser ces questions et comment les poser à autrui, ne convient-il pas de savoir ce qui fait que nous nous les posons et que nous les posons et dans quel but. Cette question m’accompagne depuis longtemps comme j’en rendais compte il y a quelques temps dans cet article « La question sans réponse  » en écho à la chronique de Jean-Philippe Denis. Si, avec gourmandise nous revient à l’esprit cette célèbre réplique « C’est peut-être pas votre question mais c’est ma réponse », je reste pour ma part avec ma question sans réponse.

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Une formule, un monde de sens et d’action.

 

Il est des formules qui, à elles seules, valent tous les traités. De celles qui sont à la fois enseignement et boussole. C’est ainsi que je reçois cette phrase de Jean Watin-Augouard : « Une raison d’être, une raison d’y être, une raison d’en être. »

La pierre philosophale du management

Véritable pierre philosophale, cette formule transforme quelques mots en doctrine. J’en admire l’efficacité autant que l’économie de moyens. Elle éclaire d’un trait les trois mystères fondamentaux : la finalité d’une entreprise, l’engagement de ses équipes et l’alignement de toute l’organisation avec sa stratégie — gages de réussite durables.

Vous pouvez jeter bien des manuels de management, et garder en tête ce mantra. Il vous guidera, vous et vos équipes, dans l’action.

Une œuvre de décodage du réel

Cette formule témoigne aussi de l’engagement de Jean Watin-Augouard dans son travail patient et passionné de décodage du réel. Il nous invite à regarder autrement ce que nous croyons connaître. Son œuvre, et les nombreux ouvrages qu’il lui consacre, participe de cette démarche d’invention du réel — au double sens d’une découverte précieuse et d’une révélation.

Une quête essentielle : la raison d’être et l’empreinte qu’elle détermine

Son dernier livre, joliment intitulé L’empreinte singulière ou La quête de sa raison d’être (Nombre7 Éditions, juin 2025), s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il y partage une réflexion riche sur la quête et la valorisation, personnelle comme sociétale, de cette fameuse raison d’être.

J’en partage très largement l’analyse et salue la précision de ses développements. Même si je ne souscris pas entièrement au lien qu’il établit entre raison d’être et ce qu’il nomme « vocation », nous convergions sur l’essentiel : l’importance de cette quête et les bénéfices qu’elle recèle.

Un merci en forme d’hommage

C’est, pour ma part, une façon de remercier Jean Watin-Augouard pour l’invention de cette formule aussi puissante qu’inspirante.

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Si un dictateur publiait un appel d’offre pour rouvrir un goulag …

Comment des consultants parmi les plus brillants peuvent-ils en venir à plancher froidement sur le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens ou sur l’augmentation des doses d’opiacés mortelles ? Dans cette tribune percutante donnée au Monde le 20 juillet dernier, David Naim, lui-même consultant de haut niveau, livre un témoignage de l’intérieur sur les mécanismes qui transforment l’excellence technique en aveuglement moral. Le titre de sa tribune vaut réquisitoire : « Si un dictateur publiait un appel d’offres pour rouvrir des goulags nul doute qu’il se trouverait des cabinets de conseils prêts à y répondre »

Une analyse sans complaisance d’un système qui, à force de tout vouloir rationaliser, finit par perdre sa propre rationalité et ses valeurs fondamentales. Un texte essentiel pour comprendre les ressorts cachés du pouvoir économique contemporain.

Il dénonce dans cette tribune les dérives éthiques des grands cabinets de conseil à travers deux scandales récents : l’étude du Boston Consulting Group sur le « déplacement » de 500 000 Palestiniens de Gaza, et l’affaire McKinsey qui recommandait le surdosage d’opiacés aux États-Unis.

L’auteur pointe un problème systémique plus profond. Pour David Naïm, ces scandales révèlent « le symptôme d’un système refusant mordicus de prendre la mesure des enjeux géopolitiques ou écologiques, et persuadé contre toute évidence qu’il détient la solution à tout. En dehors de lui, point de pensée rationnelle. » Il diagnostique un paradoxe inquiétant : « c’est bien cet excès de rationalité qui finit par éroder la rationalité elle-même, et, avec elle, toutes les autres valeurs. Le ou la jeune diplômée garde les yeux rivés sur sa performance individuelle. Le ou la cadre, sur celle de son service. Et tout en haut, hors de vue, dans l’Olympe high-tech, le ou la CEO contemple de pures abstractions, indicateurs d’indicateurs d’indicateurs. »

Cette hyper-rationalisation technocratique conduit selon lui à une perte collective du discernement moral, transformant des « cerveaux brillants » en exécutants aveugles de projets inhumains.

Voir également son interview de ce matin dans les Matins de l’été sur France Culture partagée ici et son livre « l
Le consultant « aux éditions la Goutte d’or.

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Quand l’humain devient un rouage : la révélation glaçante d’un consultant repenti mais non démissionnaire.

J’écoute à l’instant l’interview de David Naïm  par Julie Gacon dans les Matins de l’été de France Culture à l’occasion de la sortie de son roman «  Le consultant » (au Editions la Goutte d’or) (à écouter grâce à ce lien à partir de la 39 ème minute).

David Naïm Associé d’un des grands cabinets de conseil de stratégie nous y livre son analyse  particulièrement éclairante de notre système et de son évolution actuelle qui tend à faire de l’homme un élément du dispositif technicien er à le réduire à ce rôle. David Naïm, à travers son expérience de consultant, révèle comment nous assistons à un moment historique où l’humanité risque de perdre sa dimension proprement humaine pour devenir un simple rouage dans une machinerie technique globalisée.

L’exemple révélé par le Financial Times du projet « Gaza Riviera » sur lequel une équipe de consultants de BCG illustre parfaitement cette déshumanisation : pendant 7 mois, 12 employés ont travaillé sur cette initiative « sans les Gazaouis », facturant plusieurs millions de dollars. Cette anecdote révèle un système qui « refuse de voir que ce projet de domination sur la nature est une illusion » et où « on regarde l’homme non comme un sujet » mais comme un élément manipulable du dispositif technique.

Il nous rappelle que « l’humanité a lâché l’affaire » mais qu' »il y a d’autres systèmes de pensée ». Face à l’oubli de l’être, l’auteur plaide pour une résistance qui passe par la conscience et la transformation plutôt que par la fuite.

Le diagnostic de David Naïm nous confronte à une question essentielle : comment préserver l’humain dans un monde qui tend à le réduire à un simple élément technique au service du pouvoir et de la consommation ? Sa réponse, entre lucidité et espoir, mérite notre attention.

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