Voir, Relier, Agir

 

Le poète, éclaireur d’horizon

« Le poète doit être un professeur d’espérance. A cette seule condition il a sa place à côté des hommes qui travaillent, et il a droit au pain et au vin. Car il ne travaille pas, lui, ce qu’il fait, il est obligé de le faire (…) Il est obligé de voir plus loin, il est obligé de pressentir. Il est là-haut sur de formidables épaules et l’horizon s’étant abaissé, son regard vole jusqu’au bout de l’horizon des poètes… Son travail à lui c’est de dire. Il a été désigné pour ça. Les autres font. Alors, en toute justice, pour qu’il ait permission et droit de vivre, il doit être un professeur d’espérance. » – Jean Giono, Aux sources mêmes de l’espérance, L’eau vive. P204 – Tome III des œuvres romanesques complètes – Pléiade – 1974

À la lecture de Giono, le poète n’est pas en marge : il est en avance. Il voit, il pressent, il ouvre des horizons que d’autres n’aperçoivent pas encore.

Le thème du colloque que Faire Philo « Pourquoi pas des philosophes ? » et son interrogation : « Faut-il dire que l’on fait de la philosophie ? » me fournit l’occasion de cette réflexion.

Le philosophe, passeur de sens

Giono donne au poète une mission rare : être un « professeur d’espérance ». Non pas un rêveur inutile, mais un éclaireur. Celui qui voit plus loin, qui pressent, qui capte l’horizon avant les autres.

Mais entre celui qui voit et ceux qui font, un espace demeure. Un espace de traduction, de compréhension, de mise en sens, de mise en clarté, de mise en lien.

C’est là que le philosophe trouve sa place.

Non pas en surplomb, mais en interface.

Le philosophe n’est ni au-dessus, ni à côté. Il est entre. À l’écoute du poète, il capte l’intuition. Aux côtés de ceux qui agissent, il la rend compréhensible et opérante.

Il recueille ce que le poète pressent sans toujours le formuler pour tous. Aux côtés de ceux qui travaillent, il rend intelligible cet horizon, il le met à portée d’action.

Une triade essentielle

Le poète ouvre le possible. Le travailleur le réalise. Le philosophe relie les deux.

Sans le poète, l’action s’appauvrit. Sans ceux qui travaillent, l’espérance reste suspendue. Sans le philosophe, le lien se perd et chacun demeure dans son monde.

Voir, comprendre, agir : une triade essentielle et trois fonctions indissociables.

 Et peut-être est-ce là, aujourd’hui plus que jamais, la véritable fonction de la philosophie : non pas confisquer la pensée, mais la faire circuler.

Et vous, quelle est votre place ?

Dans votre propre vie, dans votre entreprise, dans vos engagements :

Êtes-vous celui qui voit ? Celui qui fait ? Ou celui qui relie ?

Et surtout : quelle place et quelle voix laissez-vous aux deux autres ?

Car aucune de ces positions ne suffit seule. C’est dans leur dialogue que naissent les trajectoires justes et les transformations durables

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