
L’entrepreneur de Type 6 : Quand la résignation masque un angle mort plus subtil : la manière de s’y prendre.
Chez l’entrepreneur de Type 6, la fatigue n’est pas seulement physique.
C’est une lassitude stratégique, née d’années de combats répétés, de décisions prises dans l’urgence, de solutions tentées sans effet durable.
Son refrain est connu :
« J’ai tout essayé. »
Mais derrière cette phrase apparemment lucide se cache souvent une autre question, rarement formulée :
Ai-je vraiment tout essayé… ou ai-je surtout répété la même façon de m’y prendre ?
Car le problème n’est plus seulement ce qui doit être résolu.
Il devient la manière dont on tente de le résoudre, encore et encore, jusqu’à l’épuisement.
Mais que se passe-t-il lorsque cette résignation, cette conviction que rien n’est possible, commence à contaminer toute l’organisation ?
Des verbatim qui interpellent (ou comment la répétition remplace parfois la remise en question)

Si ces phrases vous parlent, vous êtes peut-être un entrepreneur de type 6 : celui qui a perdu foi en sa capacité à changer les choses.
Vous reconnaissez des collaborateurs, des interlocuteurs… vous vous reconnaissez peut-être dans ces phrases !!! Il se peut qu’ils soient, que vous soyez un entrepreneur du Type 6 (en tout ou en partie). Il serait d’ailleurs étonnant qu’à aucun moment et dans aucune circonstance, vous ne soyez, nous ne soyons pas amenés à prononcer ces phrases. Cet article comme les 6 autres articles de cette série nous concernent tous de près ou de loin.
Un dialogue révélateur
(Dialogue imaginé mais non imaginaire car basé sur 40 ans d’accompagnement de dirigeants et d’entrepreneurs)
À travers ce dialogue, découvrez comment la résignation peut être le dernier refuge avant la renaissance ou le précipice final.
L’Entrepreneur
« Franchement, je ne vois plus quoi faire. Le problème est identifié depuis longtemps. J’ai essayé plusieurs choses. J’ai tout essayé. »
RéSolutions
« Quand vous dites tout essayé, pouvez-vous me dire comment vous vous y êtes pris ? »
L’Entrepreneur
« J’ai réorganisé, réduit les coûts, changé deux fois de priorités, demandé plus d’efforts à l’équipe… »
RéSolutions
« Avez-vous changé de solution… ou répété la même logique sous des formes différentes ? »
(Silence)
L’Entrepreneur
« J’ai surtout essayé de tenir. De faire avec moins. D’éviter que ça s’effondre. »
RéSolutions
« Donc vous avez beaucoup agi pour contenir, peu pour questionner la façon d’agir.
Vous avez combattu le problème… sans revisiter votre manière de le traiter. »
L’Entrepreneur
« Peut-être. Mais sans moyens, on ne peut rien faire de sérieux. »
RéSolutions
« Est-ce un manque de moyens… ou un manque d’espace pour penser autrement ?
Qui avez-vous associé à la réflexion ? »
L’Entrepreneur
« Personne, vraiment. Je ne voulais pas inquiéter. Et puis… je n’y croyais plus trop. »
RéSolutions
« Pensez-vous qu’une équipe puisse inventer des solutions nouvelles si son dirigeant n’interroge plus sa propre manière de faire ? »
L’Entrepreneur
« Vous êtes en train de me dire que j’ai confondu épuisement et impossibilité… »
RéSolutions
« Oui. Et que le vrai tournant commence souvent quand un dirigeant cesse de dire
“j’ai tout essayé”
et commence à se demander
“comment est-ce que je m’y prends, et qu’est-ce que je n’ai jamais remis en question ?” »
(Silence long)
L’Entrepreneur
« Alors peut-être que je n’ai pas besoin de plus de moyens…
mais d’une autre façon de m’y prendre. »
Ce que révèle cet entrepreneur du Type 6
Cet entrepreneur possède une lucidité douloureuse : il voit les problèmes, comprend leur gravité, mais cette clairvoyance s’est transformée en fatalisme. Ce qui était autrefois du courage est devenu de l’épuisement à force de répéter, encore et encore, les mêmes et vaines approches.
L’Angle Mort du Type 6
L’entrepreneur confond l’épuisement légitime avec l’impossibilité absolue.
Le Type 6 n’est pas dans l’inaction. Il est dans une action répétitive non interrogée. L’épuisement n’est pas la cause première. Il est la conséquence directe de l’absence de remise en question de la manière de s’y prendre.
Le Type 6 ne renonce pas parce qu’il est faible. Il renonce parce qu’il agit trop longtemps sans changer de cadre.
Il transforme l’échec répété d’une même approche en preuve que toute action est vaine.
Ce n’est pas le problème qui est insoluble. C’est la manière de s’y prendre qui n’est plus interrogée.
Les 5 enseignements clés
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Ce n’est pas l’absence de solutions, mais l’absence de remise en question de la méthode
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La répétition d’une approche inefficace épuise plus que le problème lui-même
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Les moyens suivent souvent un changement de posture, pas l’inverse
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L’inaction commence quand on cesse de questionner sa façon d’agir
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Changer la manière de s’y prendre redonne de l’énergie avant même de résoudre le problème
Des pistes d’évolution
1. Questionner explicitement sa manière d’agir
- Comment ai-je abordé ce problème jusqu’ici ?
- Qu’ai-je systématiquement évité ?
- Qu’est-ce que je reproduis sans même m’en rendre compte ?
2. Séparer le problème de la méthode
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Le problème est-il réellement insoluble ?
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Ou est-ce ma manière de l’attaquer qui l’est devenue ?
3. Passer de « tout essayer » à « essayer autrement »
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Qui n’ai-je jamais impliqué ?
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Quelle hypothèse n’ai-je jamais testée ?
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Quelle petite expérience pourrais-je tenter différemment ?
4. Mettre des mots sur l’épuisement
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Dire « je suis fatigué » plutôt que « il n’y a pas de solution »
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L’épuisement n’est pas un diagnostic stratégique
5. Changer de regard avant de chercher plus de moyens
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Un changement de cadre, de question, de méthode précède souvent l’apparition de ressources nouvelles
Ce que nous enseignent la recherche et l’expérience
1. Épuisement et perte de sens chez les dirigeants
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Christophe Dejours – Souffrance en France
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Marie-France Hirigoyen – sur la fatigue morale et la perte de reconnaissance
➡️ L’épuisement n’est pas seulement lié à la charge, mais à l’impossibilité de donner sens à l’action.
2. L’impuissance apprise
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Martin Seligman
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Albert Bandura (sentiment d’efficacité personnelle)
➡️ Ce n’est pas l’échec qui crée la résignation, mais la répétition d’échecs non analysés.
3. La méthode avant la solution
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Michel Crozier – Le phénomène bureaucratique
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Edgar Morin – La pensée complexe
➡️ Les problèmes persistent quand on les traite avec les mêmes cadres de pensée.
4. Leadership, vulnérabilité et lucidité
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Brené Brown
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Jean-François Manzoni (INSEAD)
➡️ Dire « je ne sais plus comment m’y prendre » est un acte de leadership, pas de faiblesse.
5. Sens et engagement
Viktor Frankl
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Yves Clot – Le travail à cœur
➡️ Le sens renaît quand l’action redevient choisie, et non subie.
Nous découvrirons dans le prochain et dernier article de cette série le mystérieux Entrepreneur de Type 7 : cet Entrepreneur qui ne s’est pas encore dénommé.
Retrouver l’ensemble de la série « Et si vous étiez votre propre angle mort ?«


